Le premier janvier 1877 annonce le prélude du «British Raj ». L’empire britannique qui s’étend bien au-delà de l’Occident proclame la reine Victoria « Impératrice des Indes ». Une décision motivée par une révolte réprimée dans le sang en 1857. Celle des Cipayes, ces soldats indiens à la solde de l’armée de la Couronne. Aux armes citoyens, formez vos bataillons… l’affrontement est proche.

Le 27 décembre 1810, l’île Maurice accueille un nouveau gouverneur, Robert Farquhar. Ce représentant britannique signe l’hégémonie anglaise au sein des Mascareignes. Trois semaines auparavant, ses soldats ont conquis cette île de l’océan Indien, ultime maillon d’une route des épices totalement acquise. Les Cipayes, reconnaissables entre tous grâce à leurs têtes enturbannées, déversent leurs fusils sur la côte nord du pays. C’est à la faveur de la vaillance de ce soutien indien que les Anglais réussirent sans mal à s’arroger l’Isle de France, aussitôt rebaptisée île Maurice.

Ces Cipayes qui constituent une armée puissante permettent à la perfide Albion d’intimider n’importe quels ennemis et d’annexer quantité de territoires rentables. Un contingent si utile en période de conquêtes coloniales européennes…Toutefois, confondre soldats et marionnettes peut se révéler périlleux en cette année 1857. Dans les rangs, les récriminations grondent, la mainmise des ressources précieuses et les taxes aux profits de la Compagnie anglaise des Indes orientales agacent. Et bientôt débouche sur l’un des mythes fondateurs de la nation indienne.

Cartouchières enduites de graisse de porc et de vache

Il se raconte que la révolte débute sur un litige. Recrutés parmi les citoyens des Indes, les soldats cipayes hindous ou musulmans sont victimes d’une irrévérence fatale, les cartouchières du fusil Lee Enfield étant enduites de graisse de porc ou de vache. Largement en surnombre, les indigènes abattent des officiers de la Couronne. Le feu entonne son chant destructeur et l’Orient se réveille dans le sang. La révolte s’étend et gagne le nord du pays. Delhi se voit envahie par de nouveaux locataires. Malgré lui, l’empereur moghol est contraint de rallier les mutins et scelle son destin.

Cependant, les dissensions entre les différentes communautés ethniques et religieuses provoquent l’essoufflement du mouvement. L’armée anglaise mène peu à peu sa contre-offensive et reconquiert les postes perdus.

Afin de dissuader ce type de révolte, la répression est organisée, les prisonniers sont exécutés de manière spectaculaire. Si certains sont condamnés aux travaux forcés d’autres, attachés à la gueule des canons, sont perforés par les tirs de boulets… Cette révolte vue comme la « première guerre d’indépendance » prend fin tout comme la Compagnie anglaise des Indes orientales.

La « première guerre d’indépendance »

L’année suivante, en 1858, la chute du dernier empereur est actée. En raison de sa coalition (inévitable) avec les révolutionnaires, les Anglais le condamnent à l’exil, exécutent ses fils et amplifient l’administration du pays.

En novembre de la même année, Sa Majesté annonce une amnistie pour tous les Indiens innocents de crime sur un officier britannique. Bien que la paix soit retrouvée, la situation se dégrade. Les mutins ont en effet saccagé certaines terres du nord, contraignant les civils à l’exode, – dont certains pour d’autres colonies britanniques dès 1857 – aux fins de conjurer des famines meurtrières. Une île des Mascareignes recueillera quelques âmes. Une solution à cet exil. Une étoile et une clé dans l’océan Indien.

Alors en janvier 1877 quand est proclamée la nouvelle « Impératrice des Indes », tous les princes indiens deviennent officiellement soumis à son pouvoir. Mieux, un vice-roi est désigné et règne d’une main de maître. La petite reine Victoria par la taille compense par son autorité légendaire. Même à près de sept mille kilomètres, l’impérialisme victorien veille.

Vous voulez en savoir plus ?

Le film « Confident royal » met à jour la complicité historique entre deux protagonistes que rien ne disposait à lier: la reine Victoria et son serviteur indien Abdul Karim. Durant de nombreuses années, ce duo éclectique égrène le monde et, le temps d’une amitié, fédère l’empire britannique et la colonie indienne.

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