Ses premiers pas se sont faits à Saint Pierre, puis dans la brousse zimbabwéenne, où il avait suivi son père, professeur des écoles. Catapulté dans cette nature riche et sauvage, Vikash Tatayah découvre une passion qui ne le quittera plus. De ces graines, semées si tôt dans son parcours, est née une véritable forêt, dont la consécration s’est incarnée, en juillet 2026, par sa nomination en tant que CEO de la Mauritian Wildlife Foundation (MWF). Eugénie Sauzier-de Rosnay
De retour à Maurice pour terminer le secondaire, Vikash est un véritable touche-à-tout : relations publiques, archéologie, droit… Mais son amour pour la nature est plus fort et celui qui veut devenir agronome se lance dans un Bachelor of Science (Hons.) en agriculture tout en cumulant les expériences au Mauritius Sugarcane Industry Research Institute. Sa thèse de fin d’année, consacrée aux tenrecs – une première ! –, le mène à la rencontre de Carl Jones, célèbre biologiste et l’un des fondateurs de la Mauritian Wildlife Foundation. Après un détour à Food & Allied Industries Ltd, son chemin commence définitivement à prendre forme.
« Je dévorais à l’époque les livres, publications et rapports scientifiques, et profitais de chaque occasion pour aller en forêt et participer à des études », confie-t-il. Lorsque le mot circule que Carl Jones cherche quelqu’un pour l’épauler, le choix est tout trouvé. Si Vikash dédiait alors sa thèse de doctorat au pétrel de l’île Ronde, ses intérêts ne connaissent cependant pas de limite et les projets de conservation qu’il entame embrassent un large éventail, de la protection de la faune et de la flore à leur restauration, à Maurice, à Rodrigues comme sur les îlots. En 2000, il effectue également un passage au Jersey Zoo au Royaume-Uni et obtient un diplôme en conservation, confortant ainsi son ambition.
Son plus beau succès ? L’île Ronde ! De ce projet qui comptait quelques tentes et bâches a fleuri une véritable station de travail qui, grâce à un travail acharné, a pu déployer un important programme de conservation et de restauration, avec notamment la réintroduction de tortues sur place. « C’est un métier qui ne cesse de m’émerveiller : nous pensons tout connaître et, pourtant, aujourd’hui encore, nous découvrons de nouvelles espèces », partage-t-il. Comme ces chercheurs qui, cette année, ont découvert par hasard, sur les îlots du sud-est, une espèce d’araignée trappe jusqu’alors inconnue !
Si l’organisation cumule les belles réussites, les défis subsistent. Parmi ceux-ci, l’un des obstacles les plus importants reste la lourdeur administrative, qui fait traîner plus que de raison les différents projets… Une pesanteur qui risque de coûter cher, vu les chiffres alarmants recensés jusqu’ici. « Nous avons déjà perdu une trentaine d’espèces d’oiseaux et environ 10 % de notre flore endémique », affirme Vikash. La forêt primaire de qualité ne couvre aujourd’hui plus que 1,3 % du territoire, contre 2 % il y a vingt ans. « Nous ne pouvons malheureusement que tirer la sonnette d’alarme. Nous ne sommes pas contre le développement, mais nous militons pour que celui-ci se fasse dans le respect de notre patrimoine naturel », ajoute-t-il. L’une des préoccupations majeures du moment : le tracé de l’autoroute M4 qui risque d’empiéter sur des espaces naturels sensibles foisonnant de vie endémique ou sur des caves précieuses pour la biodiversité.
Pour l’heure, le nouveau CEO de la MWF entend dresser un plan stratégique examinant les forces, les faiblesses et les priorités de l’organisation. Outre la recherche active de partenariats, de nombreux projets se dessinent : restauration du Coin de Mire, gestion de l’impact des visiteurs d’autres îlots, conservation accrue des plantes et recherche sur les insectes… « Nous voulons aussi que nos projets, tels que Mondrain ou l’île aux Aigrettes, deviennent des modèles, reproductibles à plus grande échelle, et inspirent les particuliers à restaurer leur environnement », dit-il. De belles ambitions, à condition qu’elles soient écoutées…

Guardian of the Living World
His first encounters with nature began in Saint Pierre before moving to the Zimbabwean bush, where his father taught at a local school. Immersed in an untamed landscape teeming with wildlife, Vikash Tatayah discovered a passion that would shape the course of his life, culminating in his appointment as CEO of the Mauritian Wildlife Foundation in July 2026.
Back in Mauritius to complete his secondary education, Vikash explored a wide range of interests, from public relations and archaeology to law. Yet nature ultimately won him over. Determined to become an agronomist, he pursued a Bachelor of Science (Hons.) in Agriculture while working at the Mauritius Sugarcane Industry Research Institute. His pioneering dissertation on tenrecs led him to Carl Jones, the renowned conservation biologist and co-founder of the Mauritian Wildlife Foundation. After a brief spell at Food & Allied Industries Ltd, his career found its true direction.
‘I devoured scientific books and papers, and took every opportunity to head into the forest and assist with field studies,’ he recalls. When Jones began looking for an assistant, Vikash was the obvious choice. Although his doctoral research focused on the Round Island petrel, his work soon expanded to conservation projects across Mauritius, Rodrigues and the offshore islets. A placement at Jersey Zoo in 2000, where he earned a diploma in conservation, further strengthened his vocation.
Among his proudest achievements is the transformation of Round Island from a modest field camp into a thriving conservation station, supporting ambitious restoration projects, including the reintroduction of giant tortoises. ‘This profession never ceases to amaze me. We think we know everything, yet we are still discovering new species,’ he says, pointing to the recent discovery of a previously unknown trapdoor spider on the south-eastern islets.
Challenges remain. Bureaucratic delays continue to slow conservation projects, while biodiversity indicators paint a worrying picture. ‘We have already lost around 30 bird species and about 10% of our endemic flora,’ Vikash notes. High-quality native forest now covers just 1.3% of Mauritius, compared with 2% two decades ago. Another concern: the proposed M4 motorway, whose route could encroach on sensitive habitats rich in endemic wildlife and valuable cave ecosystems. ‘We are not against development, but it must go hand in hand with protecting our natural heritage.’
As the MWF’s new CEO, Vikash is focused on its long-term strategy and new conservation partnerships. From restoring the Coin de Mire to protecting native plants and insects, his vision is to create projects that can inspire wider environmental restoration across Mauritius—provided they receive the support they deserve.






