Dina Morgabine, Bonaparte, Bourbon… À travers les siècles, La Réunion sous diverses appellations a connu des conquérants semblables à ceux de Maurice. Des Arabes aux Français, en passant par les Portugais, l’île a engendré l’une des plus grandes légendes de l’aviation, Roland Garros, disparu voilà 100 ans cette année.

Sur un mur blanc immaculé d’une ruelle calme de Saint-Denis, une plaque indique «Ici naquit le 6 octobre 1888 Roland Garros». Si Louis Blériot remporte la Manche, Charles Lindbergh l’Atlantique, ce gamin qui, dès 1913, traversa le premier la Méditerranée, à bord de son oiseau de toiles et de bois, en sera à son tour, le héros. Un héros national est né.

Évoquer Roland Garros, c’est revenir au début du siècle précédent, lors de la première guerre mondiale. Celle où les premiers avions de chasse hantent les combattants des tranchées et les balles frôlent ou frappent les cockpits. Fort de sa renommée, Roland Garros intègre une escadre d’avions de chasse en 1914. Toutefois, l’imprécision des mitrailleuses l’accable. Si certains réussissent à abattre quelques avions, le hasard se révèle aussi précieux que le talent. Alors du haut de ses vingt-six ans, le pilote Garros étudie une nouvelle disposition de tir.

Tirer à travers les pales

Euréka! Le Réunionnais réussit un tour de force et révolutionne l’art du combat aérien. Il invente depuis son monoplan la synchronisation du tir de mitrailleuse à travers les pales de l’hélice. Dès lors, les victoires aériennes s’enchainent et l’aviateur paraît invincible.

Mais un de ces jours où la fumée des batailles embrume davantage le ciel, Roland Garros est touché et contraint d’atterrir sur un terrain belge occupé par l’Empire allemand. Ce prisonnier de guerre, peu commode, est alors bringuebalé trois ans durant à travers le pays ennemi. Objectif: le dissuader de toute idée d’évasion. Jusqu’à la rencontre d’un autre pilote lui aussi en quête de liberté, Anselme Marchal. Ce dernier, parfaitement germanophone, et Roland Garros confectionnent des uniformes d’officier allemand rudimentaires et provoquent le sort au camp de Magdebourg en tentant le tout pour le tout. Ils s’avancent devant le premier gardien qui, leurré, grâce à l’accent et l’air revêche de Marchal les laissent circuler. Trois autres sentinelles plus loin, également dupées, et voilà les deux complices fuyant l’ennemi pour un retour au pays! Osé n’est-ce pas?

Il reprend le combat de retour en France

Le Président français d’alors, Georges Clémenceau, propose un poste technique au héros, son savoir-faire est précieux à l’état-major. Bien que flatté, Garros galvanisé par ses trois années de camp se dévoile insensible aux avances. Seul le désir de goûter de nouveau l’adrénaline du combat l’importe. Ses joutes aériennes reprennent à partir d’août 1918.

À la veille de ses trente ans, le 5 octobre 1918, Roland Garros s’engage dans le duel de trop. Dans le ciel des Ardennes, il est abattu. L’avion disparaît de manière mystérieuse en plein vol et dissémine le talent réunionnais à l’état de poussière. Et dire que la Grande Guerre s’arrêtera le mois suivant…

Mais alors pour quelle raison le fameux tournoi de tennis tenu chaque année en juin, à Pa-ris, porte son nom? Ami de promotion de Garros sur les bancs de la prestigieuse école HEC, puis son compère en tant que pilote de chasse, Émile Lesieur est en charge de construire un nouveau stade afin d’accueillir la finale de la Coupe Davis 1928. Il n’a qu’une seule requête: que l’enceinte sportive honore son ami disparu dix ans
auparavant. C’est ainsi que nait le stade Roland Garros.   

Vous voulez en savoir plus?

L’enfant de La Réunion se rêvait aviateur et, à peine trois décennies plus tard, il entre dans la légende. Annotant son carnet tout au long de la guerre, Roland Garros y décrit ses débuts, ses expériences de trompe-la-mort et ses records. Des talents qui le mèneront aux quatre coins du monde pour des exhibitions prodigieuses avant son ultime tour de piste.

Mémoires de Roland Garros, éditions Phébus.

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