C’est peut-être l’un des plus surprenants paradoxes de notre île! La pêche s’y pratique presque exclusivement de manière artisanale… En plus de quatre siècles d’histoire, Maurice n’a jamais constitué de flotte de pêche significative et l’approvisionnement en poissons, a longtemps été exlusivement assuré par la “petite pêche”, pratiquée dans le lagon ou dans le voisinage immédiat des côtes et, par la pêche sur les “bancs”, ces hauts fonds sur lesquels s’étend la juridiction de la République de Maurice.

L’océan Indien n’est pas, c’est une évidence, une mer facile. Pourtant, d’autres pays, riverains du même océan ont, au cours des siècles, développé une tradition de pêche (relativement) hauturière, alors que Maurice ne s’est jamais engagée dans cette voie. D’abord parce que ses lagons et les eaux proches étaient, pendant très longtemps, particulièrement riches, au point de satisfaire pleinement aux besoins de la population, restée longtemps assez peu nombreuse. Ensuite, parce que la main-d’oeuvre, en grande partie soumise à l’esclavage, puis aux contrats d’engagement, était presque entièrement employée dans les champs de cannes à sucre. La mémoire collective prétend d’ailleurs que c’est après l’abolition de l’esclavage que se constituèrent, sur des côtes quasiment désertes car infestées par les fièvres, les villages de pêcheurs. Ils étaient formés, pour l’essentiel, d’anciens esclaves ne parvenant pas, autrement, à assurer leur subsistance.

Il y a donc, à Maurice, à l’égard de la pratique de ce métier, pourtant noble et exigeant, un certain dédain, renforcé par une méconnaissance, quasi-généralisée des choses de la mer… Les “petits pêcheurs” ressentent, pour la plupart, clairement ce mépris et considèrent souvent qu’ils figurent parmi les victimes du développement économique. L’urbanisation, le développement d’activités industrielles aux rejets longtemps mal maîtrisés, le tourisme et la pression démographique exercée sur les zones côtières ont largement contribué à appauvrir les lagons. Or, ce sont les pêcheurs et seulement eux qui, le plus souvent, sont désignés comme coupables de cette quasi-désertification, notamment à cause de la pratique (regrettable) de la senne, avec des filets aux mailles souvent trop étroites pour laisser la moindre chance au poisson, même au plus petit fretin…

Préserver l’avenir du secteur

Au cours des vingt dernières années des initiatives intéressantes ont été prises, par les autorités, pour tenter de développer un véritable secteur professionnel de la pêche, en incitant notamment, la pêche au grand large. On retiendra la création d’une école dédiée à l’apprentissage des métiers de la mer et la construction de bateaux d’une vingtaine de mètres, accessibles avec des prêts préférentiels. Hélas, l’école tourne au ralenti, et les bateaux proposés étaient, de l’avis des spécialistes, conçus par des technocrates qui ne connaissaient pas les réalités de la mer… Un flop complet!

…Des progrès ont cependant été accomplis. Des coopératives de pêcheurs se sont créées dans toutes les régions côtières et se sont dotées de chambres froides, permettant aux pêcheurs de mieux maîtriser la vente de leurs prises. La règlementation de la senne, de plus en plus contrôlée, la création de zones interdites à la pêche, la mise en place de DCP (dispositifs de concentration du poisson), les opérations régulières de repeuplement du lagon en alevins et, à Rodrigues, la limitation de la pêche à l’ourite (poulpe) témoignent d’une réelle volonté de protéger l’avenir d’un secteur essentiel à la sécurité alimentaire.

Quant à la pêche sur les bancs (Saint-Brandon, Nazareth, Soudan, etc..), si elle joue un role économique non-négligeable, à la fois sur le marché local et vers l’exportation, son image n’est pas spécialement valorisante. Pratiquée depuis des “bateaux mères” qui mettent à l’eau des chaloupes qui mènent l’action de pêche, cette activité est réputée très dure, et cela malgré une modernisation progressive des moyens mis en oeuvre.

Le miracle du thon

C’est un fait relativement peu connu, mais près de 25% des boîtes de thon consommées dans le monde sont produites dans l’océan Indien, et la plus grande part d’entre elles vient de Maurice! Une réussite exceptionnelle, pour une île pourtant située à l’écart des grandes zones migratoires de ce prédateur marin.

Dés les années 60, les Japonais, grands spécialistes du thon, avaient déployé dans l’océan Indien une flotte de thoniers, dont une bonne part avait choisi Port-Louis comme port de débarquement. Il n’était alors pas rare, sur les quais, de voir des experts nippons évaluer les prises et désigner les plus beaux spécimens, qui quittaient alors immédiatement Maurice, en avion, pour Tokyo et son immense marché au poisson. Au début des années 70, une première conserverie, encore modeste, était créée, en partenariat avec un conglomérat local (IBL).

C’est d’ailleurs ce même groupe qui va révéler au monde entier la richesse thonière exceptionnelle de l’océan Indien, jusque-là considérée comme négligeable par les grands armateurs internationaux, qui lui préféraient l’Atlantique, le Pacifique et la Méditerrannée. En effet, grâce à deux navires équipés d’une large senne (le mot est le même que pour la pêche dans le lagon, mais le filet diffère par ses dimensions et son mode de déploiement) dont le modèle venait de Californie, IBL va initier quelques campagnes de pêche, au sud des Seychelles et vers le canal de Mozambique. Si les premiers résultats furent timides, très vite, le niveau exceptionnel des prises devait attirer l’attention des armateurs européens (surtout espagnols et français) qui en quelques années, déplacèrent une partie importante de leurs flottes dans l’océan Indien…

Aujourd’hui, les débarquements de thons à Maurice sont les plus importants de la région et génèrent d’importantes rentrées en devises étrangères, encore accrues par l’exportation des boîtes, longes, huile et farines de thon.

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