L’agence de notation Moody’s a décidé début novembre de ne pas dégrader la notation de l’Afrique du Sud. La note « investment grade » du pays est donc maintenue à « Baa3 », juste un cran au-dessus de la catégorie spéculative malgré une dette galopante et un déficit fiscal grandissant depuis maintenant plusieurs années. Moody’s a cependant abaissé la perspective d’évolution de sa note d’endettement de “stable” à “négative”. Les marchés ont très peu réagi à cette annonce car le risque d’une dégradation de la note du pays à moyen terme est loin d’être écartée.

Obligations et agences de notation

Une entreprise ou un pays a plusieurs moyens de se financer. Ils peuvent soit le faire par le biais d’emprunts bancaires, soit se financer sur les marchés financiers, au travers d’émissions de titres de créances plus communément appelés « obligations ». Les agences de notation telles que Moody’s, Fitch ou encore S&P interviennent en attribuant une note ou « rating » à ces obligations. Ces notes seront une indication de la qualité de l’émetteur (ou de sa signature) et seront utilisées, par les investisseurs, qui jugeront si le rendement (coupon ou yield) payé par ces produits est suffisamment élevé par rapport au risque pris. Chaque agence à son échelle de notation. Pour Moody’s les notes commencent à Aaa, note la plus haute réservée aux émetteurs de meilleure qualité (ou de meilleure signature) et vont jusqu’à C, note la plus basse attribuée aux entreprises ou Etats en quasi-faillite. Deux grandes catégories se distinguent : les entreprises ou Etats ayant obtenu une note entre Aaa et Baa3 seront catégorisés comme « Investment Grade ». Ils sont considérés par Moody’s comme financièrement sains, avec une faible probabilité de faire défaut.

Les investisseurs devraient donc être plus rassurés à prêter à de telles entreprises ou Etats mais doivent cependant s’attendre à une rémunération relativement faible. Si une entreprise obtient une note en deçà de Baa3, elle sera considérée dans la catégorie spéculative ou « Junk Bond ». Les investisseurs devront donc être plus prudents car ces entreprises seront considérées comme plus à risque que la catégorie précédente. Le risque étant plus élevé, ces derniers pourront s’attendre à une rémunération plus élevée (High Yield).

En quoi est-ce qu’une notation financière est importante pour un pays ou une entreprise ?

L’impact que peuvent avoir ces différentes agences de notation est très important. Une entreprise catégorisée comme « Investment Grade », et donc jugée comme à priori saine, pourra emprunter sur le marché à faible coût, tandis qu’une entreprise ayant une dette jugée de moins bonne qualité, devra payer plus cher afin d’attirer des investisseurs. Le poids de la dette sera donc bien différent pour chacune d’entre elle.

A titre d’exemple, une société française Investment grade comme Alstom empruntera à 0.25% p.a sur 6 ans alors qu’une entreprise considérée comme Junk, Europcar par exemple, devra payer 4% p.a pour une maturité similaire. Les pays aussi émettent régulièrement des obligations afin de se financer. Aussi appelé Obligations d’États ou Gouvernement bonds (Govies) elles seront notées par les différentes agences et devront donc payer des taux plus ou moins élevés aux investisseurs.

Si les critères de notation pour les entreprises sont purement comptables (analyse des comptes, taux d’endettement, perspectives économiques…) pour les Etats, d’autres critères tels que la situation économique du pays (endettement, inflation, chômage etc…), sa stabilité politique, la politique monétaire et budgétaire sont aussi pris en considération.

Qu’en est-il de l’Afrique du Sud ?

Le cas de l’Afrique du Sud est assez critique. Déjà considérée comme Speculative Grade par deux des plus importantes agences de notation (S&P et Fitch), la situation économique du pays convainc difficilement Moody’s de ne pas, elle aussi, abaisser la note du pays sous la frontière de Baa3. Si Moody’s décide elle aussi d’abaisser sa note, les conséquences seront très négatives. En effet, les principaux investisseurs dans les Governement Bonds sont des institutionnels (fonds de pension, banques, sociétés d’assurances…) ; si la note du pays n’est pas suffisante, ces derniers ne pourront plus détenir des Junk Bonds dans leur livre. Le retrait massif des investisseurs institutionnels aura des conséquences dramatiques sur l’économie.

L’Afrique du Sud devra donc rapidement trouver un moyen pour réduire sa dette, régler le désastre engendré par Eskom (principal fournisseur en électricité du pays qui a une dette de USD 30bn sans possibilité de rembourser) et remettre à flot son économie. Pari difficile à tenir dans un délai aussi court…pourtant l’Afrique du Sud dispose de certains atouts qui ont poussé Moody’s à attendre la publication du budget 2020 (prévue fin février).

Les notations financières ont donc un rôle clé dans la décision d’investissement. Les obligations sont attractives en termes de visibilité des revenus et de stabilité des cours. Cependant, dans un environnement de taux aussi bas (voir notre article sur les banques centrales) il est aujourd’hui difficile de générer de la performance uniquement sur des obligations de type Investment Grade. Faut-il se tourner sur des obligations High Yield? En prenant plus de risque il est possible d’obtenir plus de rendement, mais comment les sélectionner et surtout suivre leur évolution ?

Nos experts, chez Victoria Capital Management, seront à même de vous proposer des solutions adaptées à vos besoins et de vous accompagner au travers de notre large gamme obligataire.

Ce qu’il ne fallait pas rater en novembre

  • Les témoignages dans le cadre de la procédure de destitution de Donald Trump se poursuivent. 51% des Américains pensent que le Président mérite la mise en accusation (impeachment). La Chambre des représentants espèrent pouvoir voter rapidement sur la mise en accusion formelle du Président Trump.
  • Les protestations démarrées en juin à Hong Kong s’intensifient. Le Sénat américain a annoncé qu’il soutenait les droits de l’Homme et la démocratie à Hong Kong face à Pékin.
  • Les élections générales britanniques sont prévues le 12 décembre 2019.

Nicolas Bathfield
Alexandre Ducler
info@victoriacapitalmanagement.org

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