Paul et Virginie représentent bien plus que des personnages du roman éponyme. Les rivages de la côte en toile de fond, ce récit sera cristallisé grâce à Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre. Une de ces histoires d’amour liées à jamais au sort du Saint Géran, sombré le 18 août 1744, au large de l’île d’Ambre.

« Sur le côté oriental de la montagne qui s’élève derrière le Port-Louis de l’Ile-de-France, on voit, dans un terrain jadis cultivé, les ruines de deux petites cabanes. »

Ainsi débute le célèbre roman de cet ingénieur français publié en 1788. Un incipit d’un auteur qui distille ainsi de naïves amours adolescentes au plus grand plaisir des lecteurs du XVIIIème siècle. Un roman, encore aujourd’hui, considéré comme culte, en bref, un classique.

Cependant, comment ce nommé de la couronne de France porté par ses boucles d’ivoire se découvre alors écrivain? Lui, le voyageur insatiable happé par les chemins qui le mèneront jusqu’en Russie sous la protection de Catherine II?

Promu au rang de capitaine-ingénieur en 1768, deux années suffiront à forger son imagination sur les terres de l’Ile de France, où Bernardin de Saint-Pierre troquera ses outils au profit de la plume, aidé d’une histoire
locale dramatique.

Une traversée de cinq mois

Le 24 mars 1744, le Saint Géran quitte le port breton de Lorient. À son bord, environ deux cents passagers à destination de Bourbon et l’Ile de France (respectivement îles de La Réunion et Maurice). Le bois crisse et la toile se défroisse sous l’effort du vent lorsque les voyageurs savourent la fraîcheur de la brise. Quelques oiseaux, accolés au sillon du bateau les accompagnent une dernière fois.

Les rives de l’Europe à présent éclipsées, la touffeur des côtes africaines accable les occupants du pont en quête de leurs chères colonies. En ces temps de traite négrière, un contingent d’esclaves est incorporé dans les cales, le voyage de convenance se conciliant au mieux avec l’entreprenariat…

Toutefois, une accalmie ralentit la course du navire. Le Saint Géran semble condamné à la lenteur et cette situation ne peut avoir qu’une seule conséquence sous les latitudes africaines: l’agonie. La chaleur fait croupir l’eau et le scorbut frappe les marins à bord. Un à un, la Mort amasse les corps.

Une fatale dernière nuit au large

Une fois le Cap de Bonne-Espérance (le bien nommé) doublé, les voiles gonflent et l’espoir renait à la vue des côtes des îles coloniales. Nous sommes alors le 17 août 1744, il aura fallu près de cinq mois pour atteindre ce morceau de terre et suite aux conseils d’officiers, le capitaine annonce la nuit au large. Idée funeste. La quille heurte le récif et la coque se fissure du fait de la méconnaissance du terrain. Puis, le grand mât cède et des lambeaux de voiles s’évanouissent à travers le lagon. Dans la hâte, les chaloupes se brisent sur le pont empêchant toute fuite. Le destin du Saint Géran est scellé. Les naufragés affaiblis scrutent le ciel et prient une dernière fois. Face à l’île d’Ambre, les villageois de Poudre d’Or assistent, impuissants, au naufrage.

Alors, de quels voyageurs s’est inspiré Bernardin de Saint-Pierre? Ou était-ce une de ses propres roman-
ces? Personne ne le sait véritablement. Même si ses enfants auraient pu nous aider. Un garçon et une fille dont l’auteur ne tardera pas à trouver les prénoms: Paul et Virginie! Au contraire du roman, c’est Paul qui trépassera très jeune et la dernière phrase du roman de son père aurait pu servir d’épitaphe:

« En disant ces mots, ce bon vieillard s’éloigna en versant des larmes, et les miennes avaient coulé plus d’une fois pendant ce funeste récit. »    

Vous voulez en savoir plus ?

Évoquer l’île Maurice sous la présence française ne peut se faire sans la mention du roman Paul et Virginie. Grâce aux talents descriptifs de l’académicien Bernardin de Saint-Pierre, cette île du bout du monde résonne sur toutes les lèvres depuis des siècles. Un auteur précurseur du romantisme qui inspirera un certain François-René de
Chateaubriand…

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