En 1873 à Cincinnati, Paul D. rejoint la maison de Sethe, une ancienne camarade d’esclavage. Alors qu’ils tentent de se reconstruire dans un pays post-esclavagiste, une fille du nom de « Beloved » apparait dans la maisonnée. Une enfant sous forme de spectre qui cache un lourd secret en lien avec Sethe. De là, des fragments du passé ressurgissent et déploient un pan de mémoire d’asservissement et d’exploitation.  

L’auteure préférée de Barack Obama

Il existe une complicité indéfectible entre ces deux combattants de la condition noire. Entre Prix Nobel, on se comprend mieux me direz-vous! Cette lauréate du Prix Nobel de littérature en 1993 dont beaucoup s’empressent d’ajouter : « première Afro-Américaine ». Comme s’il était nécessaire de préciser.

Il faut dire que la romancière est née en 1931 où la ségrégation frappe les esprits et les « gens de couleur ». Puis les révoltes civiques s’intensifient à l’image de Rosa Parks en 1955. Cette fameuse place de bus réservée aux blancs non cédée par cette femme noire. Pour Morrison, là est l’engagement en tant que nouvel apôtre de la non-violence. Pour elle ce sera l’écriture. Un stylo plus létal qu’un coup de matraque.

Cette éditrice puis professeure dans les plus prestigieuses universités du pays, dépeint la société américaine et obtient le Prix Pulitzer en 1988 pour son cinquième roman : Beloved.

Un roman inscrit en 1873, huit années après l’abolition de l’esclavage pour mieux démontrer que cette libération n’était qu’administrative et que les mœurs, elles, conservaient toutes leur rigidité. Un esclavage non plus physique mais psychologique. Des entraves bien plus sévères que des chaines.

Dans les pas de James Baldwin, Morrison met en exergue la situation actuelle. Une liberté dont les a priori et la culture américaine ne savent s’affranchir. La puissance d’une histoire passée sur l’identité actuelle. Une porte-parole des Américains « à trait d’union » : des Afro-Américains aux Américano-Haïtiens.

Dans le contexte des revendications américaines et du mouvement « Black Lives Matter », la force de Toni Morrison réside dans sa plume prédictive hors pair du XXIe siècle.

Le meilleur hommage de la romancière décédée en août 2019 se trouve en librairie. Ce livre, mémoire physique des maux d’une époque si peu abolie.

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