Le 30 mai 1889, un savant achève la dernière injection de son expérimentation. Certains évoquent son prodige. L’homme de science n’hésitant pas à imposer à son corps les conclusions de ses propres analyses. À l’aube de ses 72 ans, une espèce de professeur Tournesol en avance sur son temps poursuit des recherches atypiques. Charles-Édouard Brown-Séquard vous livre son antidote… 

Port-Louis, 1817. Madame Séquard donne vie à un enfant. Il se prénomme Charles-Édouard et porte le nom des deux parents, Brown et Séquard. Le père est un marin américain qui ne connaitra jamais sa descendance, disparaissant en mer avant la naissance de son enfant. La mère de ce futur génie, native de l’île Maurice, élèvera seule son fils.

Son début dans la vie est digne d’un livre de Zola, et c’est tant mieux, car Charles-Édouard se veut écrivain! À la manière d’un Oliver Twist, il grandit esseulé, mais à force d’années, abandonne ses rêves d’auteur pour se rabattre sur la médecine.

Pour exprimer sa virtuosité, le terrain de jeu de ce futur homme de science est constitué d’un tiercé gagnant : Maurice, France, États-Unis. Trois pays dont il conservera des attaches tout au long de sa destinée.

On s’accorde à le dire: « Ce Mauricien est brillant. »

D’abord cette France maternelle qui le fait diplômer de l’académie de médecine à Paris en 1846. Une fois les études achevées, le docteur exerce ici et là. On peut l’apercevoir à Port-Louis, Paris, Londres et Boston. Il enseigne dans de prestigieuses facultés sans oublier d’accorder son aide systématique aux plus démunis.

Puis s’ensuit un va et vient permanent entre les États-Unis et la France… Tous les collaborateurs du Dr Brown-Séquard s’accordent sur un point : « Ce Mauricien est brillant. »

Des deux côtés de l’Atlantique, le médecin exprime son talent et bientôt dévoile ses recherches sur la moelle épinière. Une avancée majeure qui porte son nom: le syndrome Brown-Séquard.

De sa renommée, il succède à Claude Bernard, le père de la médecine expérimentale, au Collège de France jusqu’à sa mort. Fort de ce modèle, lui aussi se constitue cobaye de ses propres expériences.

Extraits de testicules de chien et de cochon d’Inde

Les cheveux laiteux jusqu’aux épaules, la barbe blanche et le regard froid, l’image du sage tranche radicalement avec ses travaux. Charles-Édouard ne reculant devant aucune incongruité. Et pour cause ! À 72 ans, ce docteur s’inocule des extraits de testicules de chien et de cochon d’Inde afin de retrouver une vigueur musculaire et sexuelle digne de sa jeunesse! Des stéroïdes en guise d’élixir de jouvence. À l’approche du Tour de France, les coureurs cyclistes connaissent à présent leur bienfaiteur!

À vrai dire ce n’était pas son premier coup d’essai. Greffe d’une seconde tête à un chien ou ingurgitation d’éponges afin de les analyser une fois évacuées… Nous comprenons les raisons pour lesquelles l’hôpital psychiatrique éponyme de Maurice lui rend hommage. D’aucuns diront que du génie à la folie la frontière est proche mais les expérimentations abouties du pittoresque Charles-Édouard prouvent (parfois) sa perspicacité.

Le 2 avril 1894, le docteur Brown-Séquard s’éteint dans la ville de Sceaux près de Paris, laissant derrière lui l’image d’un savant hors normes. Il est enterré au cimetière Montparnasse où il repose son génie. D’ailleurs, est-il décédé ou est-ce une énième expérience qui se poursuit depuis plus d’un siècle ?

Vous voulez en savoir plus ?

En 1886, l’écrivain Robert Louis Stevenson s’est inspiré des travaux de notre Charles-Édouard national afin d’écrire son fameux « Dr Jekyll et Mr Hyde ». (Re)lisez ce classique et peut être découvrirez-vous entre lignes des ressemblances troublantes avec le Dr Brown-Séquard.

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