C’est une fièvre qui s’empare, chaque année, d’une partie de la population mauricienne. On en parle dans les bureaux, dans le bus, dans les champs de cannes, et même sur la plage. On affirme, haut et fort, connaître l’avenir ou, au contraire, on murmure discrètement d’étranges noms qui doivent, c’est certain, apporter la fortune… Et c’est en quelques heures étouffantes du samedi après-midi, sur la piste de l’hippodrome du Champ de Mars, que tout se dénoue.

Les courses hippiques occupent, à Maurice, une place essentielle. Elles nous parlent d’abord d’histoire… De cette époque où de fringants officiers, d’abord français, puis britanniques, se défiaient sur le sable humide du littoral. Là, pour l’honneur ou contre quelques piastres, ils lançaient leurs montures dans des courses halettantes. Jusqu’à ce qu’un petit groupe de personnalités anglaises décide d’amener un peu d’organisation dans tout cela. C’était en 1812, et c’était la naissance du Mauritius Turf Club (MTC)!

Aujourd’hui, le MTC reste l’organisateur, l’administrateur et l’arbitre du monde hippique local. Responsable de la communication de cette vénérable institution, l’ancien journaliste Shan Ip Ting Wah avoue avoir toujours voulu entrer dans ce monde étrange. “Mon père ne s’intéressait pas aux courses, reconnaît-il. C’est par la radio, par la fébrilité des commentateurs que j’ai été contaminé. Trés tôt, j’ai su que je serai chroniqueur hippique. Et je l’ai été, de 1978 à 2004.

80 000 personnes à la Maiden Cup

Car les courses, à Maurice, parlent de toutes les familles… et à toutes les familles. Au centre de l’ovale du Champ de Mars, on venait en famille dans cette “plaine” grouillante. Gagnée par l’agitation des parieurs, regroupés devant les échoppes des bookmakers, une foule compacte venait jouer à des petits manèges en fer blanc, testait son adresse à quelque jeu de lancer ou tentait de déjouer les ruses d’un habile manieur de bonneteau. Et tout cela, tout en se régalant de friandises…

En 1984, pour la journée de la Maiden Cup, se souvient Shan Ip, il y avait, officiellement, 80 000 personnes au Champ de Mars! Je vous laisse ima-giner l’ambiance.

Pour d’autres familles, dans les loges qui surplombent la piste (et la plaine), l’ambiance n’est pas la même. Les dames, en grande toilette, les messieurs cravatés (c’est le règlement du MTC) savourent des canapés et se rafraichissent au Champagne. C’est le monde des propriétaires, des hommes d’affaires, des gens importants et de quelques-uns qui aimeraient bien parvenir à faire croire qu’ils le sont.

Etrangement, les palefreniers sont payés par la MTC

Mais derrière ce grand spectacle, il y a un autre univers, celui des palefreniers qui, chaque jour soignent, nourissent et préparent les chevaux. Prem a commencé à 17 ans. Et sans doute ne lui donnait-on alors que les tâches les plus ingrates. Aujourd’hui, il a la responsabilité de deux superbes coursiers, dont un répondant au doux nom de Bad Attitude…. Il respecte ces chevaux, cela se voit. “Ils sont comme nous, confie-t-il, ils peuvent vous aimer… ou pas. Avec lui, ça se passe bien. On a appris à se connaître.” Particularité étonnante, c’est le MTC qui paie les salaires du personnel des écuries qui, elles, appartiennent pourtant bien à des particuliers… Il s’agirait d’un héritage historique. Autrefois, lorsque les propriétaires perdaient de l’argent, il n’était pas rare de les voir se désintéresser de leurs chevaux et ne plus payer les gages du personnel. Par mesure de sauvegarde pour ces pères de famille, le MTC a modifié son règlement pour devenir l’employeur des palefreniers.

Le colonel Draper n’a pas initié les courses à Maurice

Il aura fallu attendre deux siècles pour que la vérité éclate. Deux siècles pendant lesquels on a partout répété qu’un officier anglais, le colonel Draper était à l’initiative des courses hippiques sur notre île et de la création du MTC… Le pot aux roses fut découvert en 2012. Afin de célébrer dignement les 200 ans du MTC, fondé en 1812, on exhume des collections du MTC, le premier registre de l’institution. Alors que l’on s’apprête à confier le précieux ouvrage à un auteur chargé de rédiger un livre du bicentenaire, on s’aperçoit que le registre commence par deux pages collées que l’on avait pas pris la peine de décoller. On se livre à l’opération… et on peut alors lire que lors des premières réunions du MTC et des premières courses au Champ de Mars, le colonel Draper n’est nullement mentionné. Il n’apparaît qu’à la troisième page, jusque-là considérée comme la première… Vérifications faites à Londres, les doutes se dissipent: le colonel Draper n’est pas encore en poste à Maurice lorsqu’est créé le MTC et que se disputent les premières courses… Apparemment, il n’aurait adhéré au Mauritius Turf Club qu’en 1815. Toutefois, la vérité historique oblige à reconnaître qu’il s’impliqua personnellement dans le développement de l’hippisme à Maurice. Et celà, jusqu’à sa mort, en 1841.

Beachcomber s’associe au jockey français Maxime Guyon

Depuis le 1er février dernier, le logo de Beachcomber Resorts & Hotels s’affiche sur le pantalon et le tour de cou de la fine cravache française, Maxime Guyon, sur les hippodromes où il exerce.

Âgé de 29 ans, Maxime Guyon est l’un des meilleurs jockeys français avec plus de 1 500 victoires à son actif à ce jour. Il a notamment remporté les plus grandes courses en France, au Royaume-Uni, à Hong-Kong, et à Dubaï. Il a aussi remporté le week-end international des jockeys avec trois victoires sur la piste du Champ-de-Mars, à l’île Maurice, en décembre dernier.

Passé professionnel depuis 2008, Maxime Guyon a toujours été sur le podium du championnat des jockeys en France. Avec une moyenne de 150 victoires annuellement, la visibilité de la marque Beachcomber sera certaine, notamment dans de grandes courses comme le Prix du Jockey Club, le Prix de Diane ou le Prix l’Arc de Triomphe. Maxime Guyon fera aussi office d’ambassadeur du groupe hôtelier auprès des entraîneurs et propriétaires de chevaux, et sera présent aux évènements hippiques auxquels Beachcomber est associé.

Denis Le Breton

Impossible de faire fortune

Les chroniques hippiques regorgent d’exemples de doux réveurs ayant englouti toute leur fortune dans l’achat d’un cheval… qui les a ruinés. Tous nos interlocuteurs ont été catégoriques: on ne s’enrichit pas en possédant un cheval ou une écurie. Alors, qu’est-ce qui peut pousser un homme d’affaires, un rentier ou un commerçant aisé à “investir” ainsi, en pure perte. Le prestige n’y est sans doute pas pour rien! Cette petite aristocratie hippique est toujours trés remarquée et trés courtisée. Mais il y a sans doute aussi l’idée d’un accomplissement.

Denis Le Breton est, aujourd’hui, à la tête d’un groupe de sociétés prospères. Mais il est aussi le propriétaire de 28 chevaux courant au Champs de Mars! Avant lui, son père se passionnait pour les courses, mais il n’avait pas les moyens de devenir propriétaire… En tant que propriétaire, Denis a remporté 328 victoires et promet de se retirer à la 400ème. Mais au-delà de la boutade, il ne cache pas son inquiétude: “Il y a de moins en moins de monde aux Courses. Les scandales, les rivalités, les jalousies sont en train de tuer cette tradition. On a cassé le football à Maurice, j’ai peur que l’avenir des courses ne soit pas meilleur. Je ne serais pas surpris si, dans quatre ou cinq ans, tout cela s’arrêtait.”

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