Amen. Le prêtre achève sa bénédiction et caresse le visage de l’enfant. En ce jour de 1755 à Saint-Pierre, le jeune Jean-Baptiste Lislet est baptisé. Cette île Bourbon où l’esclavage règne. Mais la vie du petit Lislet est semblable à un origami. Tortueuse et sublime. Aujourd’hui le papier se déploie et livre ses secrets. 

On dit de lui qu’il est le fils d’une Princesse. Une Princesse de Guinée de l’actuel Sénégal devenue esclave. Une tête couronnée du nom de Niama dont un propriétaire réunionnais, Monsieur Geoffroy, la rachète. En ces temps de servage, un esclave n’est qu’un bien mobilier. Cependant, Geoffroy apprécie cette femme au teint si différent du sien. Une idylle peut naître malgré le Code noir prohibant le mariage entre maître et esclave.

À Bourbon, loin des clichés sanguinaires des propriétaires de l’époque, Monsieur Geoffroy prend soin de Niama qui bientôt sera enceinte et affranchie afin que son fils Jean-Baptiste naisse libre. Ce fils dont l’intelligence prodigieuse pousse le père à lui enseigner toute matière utile : géométrie, latin, algèbre.

De Bourbon, Jean-Baptiste migrera à l’île de France voisine. Les îles sœurs partagent le talent d’un homme qui a su dépasser sa condition. Être noir au XVIIIe siècle relevait de l’épreuve, mais il pouvait compter sur ses frères. Et quels frères! Il est le premier « homme de couleur » à intégrer une loge maçonnique. Celle qui assurera son avancement dans une société où l’individu noir n’avait que l’ombre comme territoire naturel.

À 25 ans, l’enfant de Saint-Pierre est nommé dessinateur du Génie militaire et navigue en compagnie du Chevalier de Tromelin. Par suite, il est élu à l’académie des sciences de Paris où son teint de peau en fait, cette fois, une qualité. À l’heure de la Révolution française, Lislet incarne ce changement. Il sera le premier météorologue ainsi que le premier cartographe de l’océan Indien.

En 1794, à près de 40 ans, les mœurs s’adoucissent et l’adoption par Monsieur Geoffroy est possible. Jean Baptiste Lislet-Geoffroy devient son héritier.

Le 8 février 1836, les nuages s’amoncèlent et le crépuscule apparaît au-dessus de l’octogénaire. Jean-Baptiste ferme une dernière fois les yeux. Au cimetière de Port-Louis, le prêtre fait un ultime retour. Amen.

Vous voulez en savoir plus :

Retrouvez la création de Shenaz Patel au sujet de la Princesse Niama à travers une pièce éponyme puis sillonnez les musées mauriciens couverts des prodigieuses cartes de Lislet-Geoffroy afin de découvrir l’œuvre du génie. 

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