Le 28 juin 1914 à Sarajevo, l’archiduc François-Ferdinand est assassiné. De cet évènement découle un jeu d’alliances et la Première Guerre mondiale. Cette guerre matrice de la violence du XXème siècle et tombeau de près de dix millions de soldats. Si loin du conflit mais prêts à défendre leur colonie, des Mauriciens s’enrôlent.

À dix mille kilomètres du front, des familles mauriciennes patientent dans la peur. Celle qu’un représentant de l’armée ou du gouvernement frappe à la porte et débute une logorrhée sur le courage du fils disparu. Si beaucoup d’engagés sont restés sur le sol natal, une poignée a réussi à rejoindre les tranchées ou cockpits d’avions européens. Leur guerre peut commencer.

Dans une Europe en plein chaos, l’Angleterre compte sur ses colonies. Comme toujours. En effet, la Couronne ne doit-elle pas sa conquête de l’île Maurice à ses Cipayes ? Ces soldats indiens qui en 1810 matèrent les Français. Et un siècle plus tard, l’histoire se répète. Toutefois, les Britanniques tempèrent les envies combattantes des Mauriciens. Ils préfèrent rapatrier leur contingent de soldats anglais et envoyer une nouvelle fois des Cipayes dans cette colonie des Mascareignes. C’est une déception pour beaucoup. La confiance de la mère patrie n’est pas au rendez-vous. Et le Mauritius Volunteer Force (MVF) ne connaîtra jamais la guerre malgré le désir ardent de défendre les Alliés.   

Pour certains ce sera la logistique au Moyen-Orient

À défaut du MVF, le Mauritius Labour Battalion partira bien en campagne. Toutefois, les membres sont principalement des ouvriers, mamelles nécessaires à l’effort de guerre. Ils découvrent le Moyen-Orient mais, eux, ne se battront pas. Ils assurent le ravitaillement, la construction de ponts ou toute autre activité indispensable aux corps militaires.

D’autres Mauriciens rejoignent le champ de bataille. Certains sont incorporés au sein l’armée britannique et même dans l’armée australienne ou canadienne, pays membres de l’Empire. D’autres s’engagent dans l’armée tricolore par conviction. Malgré la perte de Maurice en 1810, beaucoup sont restés Français de cœur.

Une fois dans l’infanterie, la marine, le corps médical ou l’aviation, les Mauriciens éprouvent l’ennemi par leur vaillance. Dans ce registre, le pilote Philippe Cadet de Fontenay excelle. Il abat tant d’appareils ennemis qu’il gagne le titre d’As et sera décoré de nombreuses médailles pour finir instructeur à l’académie de la Royal Air Force.

Morts sous uniforme français, britannique ou australien

Les soldats dans les tranchées, eux, vivent l’horreur du quotidien où les obus, les cadavres et les rats pullulent à leurs côtés. Pendant cinq mois, la bataille de la Somme atteint des sommets d’atrocités. Plus d’un million de morts à elle seule. Et parmi les corps, des Mauriciens en uniforme français, britannique ou encore australien.

Le 11 novembre 1918, l’armistice est annoncé à l’Hôtel du Gouvernement. Une foule dense envahit les rues de la capitale dès le lendemain pour fêter la nouvelle. À présent ils attendent le retour des glorieux combattants. De longs mois s’écoulent et les derniers Mauriciens accostent à la fin du mois de janvier 1920.

Heureusement, beaucoup de soldats reviendront au pays. Parfois après une longue période d’emprisonnement dans des camps allemands ou blessés. Les « gueules cassées » sont légion après cette Première Guerre mondiale. Certaines familles récupèrent des enfants en lambeaux, séquelles physiques ou psychologiques en bandoulière.

Toutefois, les conditions drastiques imposées à l’Allemagne sont humiliantes et soulèvent une vague populiste à l’est du Rhin. Un homme l’a bien compris et se prépare. Adolf Hitler aiguise sa moustache…

Vous voulez en savoir plus :

Découvrez le parcours de nombreux Mauriciens venus secourir le vieux continent lors de la Première Guerre mondiale. Un fabuleux travail de Christine Chompton-Ahnee et Christine Renard qui, aidées de nombreuses photos, témoignages et cartes, vous feront vivre de l’intérieur le parcours exceptionnel de ces âmes braves.

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