Le Professeur Carl Jones, Directeur Scientifique de la Mauritian Wildlife Foundation (MWF) et du Durrell Wildlife Conservation Trust a été récemment nominé au Prix d’Indianapolis 2016. Il nous parle de son analyse de la situation actuelle de la biodiversité de l’île Maurice et du travail accompli par la MWF. 

En tant que l’un des principaux conservateurs de la faune dans l’archipel des Mascareignes, que représente cette nouvelle nomination au prestigieux Prix d’Indianapolis?

Il s’agit de ma troisième nomination et, bien sûr, je m’en réjouis, car elle reconnaît le travail de toute une vie à Maurice, en collaboration avec la Mauritian Wildlife Foundation et le National Parks and Conservation Service de l’Etat mauricien, avec qui je dois partager cette reconnaissance. Je suis heureux, car cette nomination reconnaît le travail accompli sur des espèces comme la Crécerelle de Maurice, le Pigeon Rose et les reptiles de l’île Ronde.

La plupart des autres nominés pour prix travaillent sur des espèces de plus haut profil comme les éléphants, les tigres, les ours polaires et les lémuriens. Toutes les espèces sont importantes et il ne faut pas penser uniquement au grand et spectaculaire. Le travail que nous avons effectué ici, à l’île Maurice, est d’une grande importance internationale démontrant comment nous pouvons rétablir les populations d’espèces réduites à des populations minuscules. Ce travail est une vitrine importante, aujourd’hui, largement cité et copié dans d’autres pays.

Après plus de 30 années de dévouement pour restaurer la faune de la Mascareignes, quelle est votre analyse de la situation environnemental à Maurice?

L’état de l’environnement sur l’île Maurice est complexe. Certaines à notre travail. Plusieurs organisations Wildlife Foundation, à nouveau discuter espèces ont augmenté grace à notre aide, tandis que d’autres sont encore en baisse. La dégradation continue de forêt indigène est alarmante ! C’est décevant que nous n’ayons pas été en mesure de contrôler l’importation de plantes et d’animaux exotiques à Maurice.

La dégradation continue de forêt indigène est alarmante ! C’est décevant que nous n’ayons pas été en mesure de contrôler l’importation de plantes et d’animaux exotiques à Maurice.

Le nombre d’espèces introduites à l’état sauvage est en constante croissance et les gens semblent aveugles sur les effets dévastateurs que peuvent avoir ces espèces. Depuis mon arrivé à l’île Maurice en 1979, j’ai vu l’introduction du Gecko géant de Madagascar, du caméléon panthère, de l’Oie d’Égypte, du canard colvert et de la Colombe de Palm. Ces sont des espèces établies et encore plus d’espèces sont introduits, apportant avec eux le risque de maladies pouvant se propager à nos espèces indigènes. Il ne faut pas négliger les impacts écologiques directs qu’ils peuvent avoir. Par exemple, les Geckos de Madagascar sont de sérieux prédateurs pour nos lézards endémiques et peuvent anéantir des populations.

Malgré ces problèmes, nous avons réussi à rétablir les populations (ou au moins créer des petites populations) de cinq espèces d’oiseaux qui auraient autrement disparus. Il s’agit de la Crécerelle de Maurice, du Pigeon Rose, de la Grosse Cateau verte, du Rodrigues Fody et de la Fauvette de Rodrigues. Ce sont des les plus restaurés que dans tout autre pays. Nous avons tellement de succès de conservation à l’île Maurice, car avons eu la chance de travailler en étroite collaboration avec des partenaires internationaux qui ont été en mesure d’apporter une grande expertise à notre travail. Plusieurs organisations ont travaillé ici avec la Mauritian Wildlife Foundation et le gouvernement depuis des décennies. Pour continuer à progresser, Maurice doit poursuivre cette collaboration étroite avec ses partenaires internationaux.

La conservation des espèces doit reposer sur des principes scientifiques et l’île Maurice a développé une merveilleuse réputation dans le monde entier, basé sur son approche factuelle concernant la faune. Malheureusement, à l’heure actuelle, celle-ci a été gravement ternie par l’abattage mal conçu des chauves-souris. C’est une grande déception qu’une chose pareille soit arrivée, surtout quand l’avis de nombreuses personnes qui auraient pu aider n’a pas été considéré et que des solutions ont été largement ignorées. J’espère que je pourrai jouer un petit rôle dans le développement de cette situation et, par le biais de la Mauritian Wildlife Fondation, à nouveau discuter avec le gouvernement pour trouver une solution de compromis qui convient à des producteurs de fruits et les chauves- souris.

Malheureusement, à l’heure actuelle, celle-ci a été gravement ternie par l’abattage mal conçu des chauves-souris. C’est une grande déception qu’une chose pareille soit arrivée, surtout quand l’avis de nombreuses personnes qui auraient pu aider n’a pas été considéré et que des solutions ont été largement ignorées. 

 

Quels sont vos futurs projets pour les espèces de l’archipel des Mascareignes?

Je suis prudemment optimiste quant à l’avenir. Il y a quelques initiatives formidables qui ont été entreprises pour le rétablissement des îlots autour de Maurice et Rodrigues, surtout l’Ile aux Aigrettes et l’île Ronde. Cependant, le travail ne fait que commencer et nous devons développer une vision sur les 100 prochaines années pour ces îles.

L’île Ronde a besoin de beaucoup plus de travail afin de ramener les espèces d’oiseaux et de reptiles manquantes. Nous y avons déjà apporté des tortues. Une prochaine étape devrait être d’y introduire des rallidés et des tortues géantes de Galápagos. L’île plate a le potentiel de devenir une des îles les lus importantes pour la conservation et le tourisme. Elle peut être restaurée, mais uniquement avec la participation de partenaires professionnels, pouvant mettre en œuvre les techniques de gestion de conservation appropriées.

Probablement, l’une des priorités les plus importantes est de restaurer la forêt endémique à Maurice, qui est submergé par les Goyaves de Chine et d’autres mauvaises herbes. Un premier pas important a été franchi, mais il reste encore un long chemin à parcourir.

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