Après une longue carrière dans l’univers de la publicité, Keivan Cadinouche a choisi, il y a trois ans, de revenir à la source de sa vocation: le regard. Depuis, il sillonne Maurice et l’océan Indien, appareil photo en bandoulière. Ses clichés, en noir et blanc, semblent intemporels, éternels. C’est sans doute la raison du succès de ce photographe mauricien, qui bénéficie déjà d’une belle notoriété à l’étranger.

Il n’y a jamais eu autant de photographes, à Maurice”, déclare Keivan Cadinouche, amusé. Et il est vrai que le “passage au numérique” a largement contribué à démocratiser un métier considéré, jusque-là, comme exigeant, ne serait-ce que sur l’aspect technique. Aujourd’hui, on peut se permettre de réaliser des dizaines de prises de vues pour sélectionner la meilleure… qui sera, de toute façon, retouchée sur ordinateur.

Du coup, la nécessité de poser un véritable regard personnel sur le sujet, de composer le cliché mentalement avant de le réaliser, paraissent des nécessités secondaires. Kéivan, lui, revendique, une démarche créatrice, dans la lignée des Cartier-Bresson, Depardon ou Salgado, ses modèles.

Des regards qui disent la permanence

Je suis à la fois artiste et artisan, explique-t-il. Artiste, par ma volonté de transmettre, à travers mes photographies,  une part de moi-même, de mon approche du monde…et artisan parce que j’ai choisi de rester fidèle à l’argentique. Cela m’oblige à faire venir de France mon papier et mes composés chimiques, pour réaliser moi-même mes tirages.” Ainsi, la matière, le grain ou le contraste, plus ou moins prononcés sont autant de choix assumés.

Le noir et blanc n’est pas non plus le fruit du hasard. Plus que les paysages, ce sont les gens qui les peuplent qui constituent mon sujet principal. Présentés ainsi, en noir et blanc, ils prennent une dimension plus forte, plus durable. Je m’amuse souvent des réactions du public mauricien qui, devant mes clichés, émet des commentaires nostalgiques sur ‘l’Ile Maurice d’autrefois’, alors que la photo en question a souvent été prise seulement quelques jours plus tôt… C’est le pouvoir du noir et blanc. En supprimant les couleurs qui peuvent distraire ou dater, il plonge le sujet dans l’éternité. Dans un instant difficile à identifier… Mais c’est aussi mon choix, ma quête, que de trouver, autour de nous, sur une île qui a vécu tant de transformations radicales, de mutations rapides, des gestes, des atitudes, des visages, des regards qui disent la permanence d’une part de notre identité mauricienne, de notre culture…de notre âme.

A l’origine de cette démarche du photographe quinquagénaire, peut-être la volonté de montrer à ses enfants, ce que la modernité ne parvient pas encore totalement à uniformiser. “J’ai trois enfants, de 16, 12 et 5 ans. Une charette à boeuf, chargée de cannes à sucre, pour eux, c’est une image d’un passé lointain… Alors je veux leur montrer et, par la même occasion, nous montrer, à nous tous, Mauriciens, ce qui reste, en nous d’immuable…

Mais Keivan n’est pas seulement un photographe de l’île Maurice. Amoureux de sa région, il écume les îles de l’océan Indien, dont il ramène, périodiquement, des images chaleureuses et vivantes…tout simplement humaines!

Keivan Cadinouche a d’ailleurs était lauréat du Prix “Regards croisés de l’Océan Indien”, trois années de suite, en 2017, 18 et 19!

Une démarche qui  commence à séduire  les firmes locales

Des hôtels et de grandes entreprises font régulièrement appel au talent de Keivan Cadinouche. “Ceux avec qui je travaille, explique-t-il, ont compris ma démarche et me laissent une totale liberté.” Une véritable révolution, dans l’univers local de la communication d’entreprise où la moindre “chargée de communication” est encore, bien souvent, persuadée de savoir, mieux que quiconque, composer “l’image corporate idéale”…

De tirages exportés parfois très loin

Très présent sur les réseaux sociaux, Keivan Cadinouche commence à se faire connaître hors de Maurice. Déjà exposés à La Réunion, mais aussi à Athènes, ses clichés sont régulièrement publiés dans les pages des meilleurs magazines specialisés, notamment allemands et américains. Il lui arrive d’ailleurs régulièrement de vendre des tirages bien loin de Maurice, à Hambourg ou New-York…

Souvent réalisés avec un Hasselblad 6×6 (moyen format), les clichés de Keivan ont, en effet, atteint un niveau technique et une dimension esthétique qui séduisent de plus en plus de collectionneurs.

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