A l’âge où beaucoup raccrochent, la Réunionnaise Emma Gonthier a découvert le body-fitness et l’univers exigeant du culturisme. – Stéphane Guillebaud

A quelques minutes de ma rencontre avec Emma Gonthier, je m’attendais à voir une athlète testostéronée, une sorte de « Schwarzy » féminine, muscles saillants des épaules aux mollets. Je me trompais sur toute la ligne. J’ai vu arriver une belle femme, silhouette visiblement sportive certes, mais sans excès. T-shirt ajusté, jupe élégante et talons hauts, Emmanuelle Gonthier cultive avec soin sa féminité. Mais où était donc passée la Emma des concours de body-fitness dont on m’avait vanté l’excellence ?

La question, un brin naïve, fait rire Emma. « Le corps que j’expose pendant les concours est l’aboutissement de plusieurs mois de préparation. Entraînement intensif et régime alimentaire ultra-strict. Il s’agit dans un premier temps d’éliminer les graisses pour ne garder que la masse musculaire. Ensuite, pendant les derniers jours avant le concours, on élimine l’eau. On déshydrate les muscles afin qu’ils soient encore plus saillants. La veille du concours, on ne boit pas. Mais lorsque l’on revient à la vie normale, tout cela disparaît. Et heureusement ».

Le 31 mars dernier, Emma participait au championnat de France de body-fitness. Elle a ramené sur son île natale une médaille de vice-championne en catégorie master (+35 ans). Un mois plus tôt, elle décrochait, à La Réunion, le titre de championne toutes catégories. Le résultat de longs mois de travail et de privation pour une petite minute de consécration sur scène.

UNE NOUVELLE VIE A QUARANTE ANS

Le second exploit d’Emma Gonthier est d’avoir commencé la musculation à l’âge où beaucoup raccrochent entraînements et aliments protéinés. « C’était ma crise de la quarantaine. J’ai commencé à faire du sport l’année de mes quarante ans. Je voulais simplement prendre soin de moi et je m’étais mis dans la tête d’avoir, à mon âge, un plus beau corps que celui que j’avais à vingt ans ». Le choix du body fitness (le nom d’une catégorie de culturisme pour les femmes)* fut seulement le hasard de rencontres.

« Petit à petit, je me suis prise au jeu. Lorsque l’on commence à constater que son corps change, en mieux, on a envie de continuer, d’aller plus loin. La compétition s’est imposée naturellement. A partir de juillet 2017, je me suis mise à six entraînements de deux heures par semaine ». Au fil des mois, la vie de la jolie professeure d’espagnol dans un collège du Port, s’est organisée autour de la musculation. « C’est très exigeant pour soi, mais aussi pour son entourage. Les miens sont heureusement compréhensifs. Personnellement, le plus dur, c’est la nourriture. Pour les fêtes de fin d’année, j’étais en préparation et franchement, j’ai beaucoup souffert ».

La passion reste la plus forte. Après avoir décroché deux titres cette année, Emma vise pour 2020 la célèbre Arnold Classique qui se déroule en Afrique du sud. « La compétition m’apporte ce petit moment d’adrénaline qui me permet de mieux supporter les contraintes et les privations de la préparation ».

Bien dans sa tête comme dans son corps, Emma n’envisage pas une seconde de mettre un terme à sa carrière d’amateure. « Cela ne me rapporte rien, cela me coût même assez cher mais j’ai trouvé mon équilibre et je pense bien continuer jusqu’à 55 ans. Peut-être pas au même niveau mais simplement pour moi ».

* En culturisme, chez les femmes, la première catégorie porte le nom de « bikini », la seconde celui de « body-fitness ».

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