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jeudi, décembre 2, 2021

Le Bateau ivre

Comme je descendais des Fleuves impassibles
Je ne me sentis plus guidé par les haleurs ;
Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles,
Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.

Les premiers vers du recueil de l’illustre poète du 19e siècle donnent le ton. Évoquer Rimbaud est avant tout une question de style. Un génie aux vers libres d’une insolente précocité du haut de ses 17 ans.

Un bateau comme symbole de liberté dans une France marquée par les violences. En effet, 1871 désigne également la Commune de Paris où Rimbaud distille subtilement des références à l’évènement sanglant. Ainsi les « Peaux-Rouges » représentent des Parisiens menant une insurrection qui durera près de deux mois et achevée par la « semaine sanglante ».

Une ode à la révolte et aux voyages que l’auteur ne tardera pas à accomplir par amour. Les amarres larguées, il s’affranchira des normes pour des envies d’ailleurs et justifiera son surnom de « l’homme aux semelles de vent ».

Un rebelle panthéonisé ?

Le poète éblouira également un autre représentant de la langue française de dix ans son ainé : Paul Verlaine. Des illuminations réciproques poussèrent Verlaine à l’inviter auprès des initiés parisiens et abandonner sa femme afin de vivre une idylle avec Rimbaud. Traqués par une femme trompée, Verlaine et son amant s’exilèrent quelques années à Londres et en Belgique où les écrits et les excès jalonnèrent leur quotidien.

Des amours sulfureuses qui s’achevèrent dans la poudre. Le 10 juillet 1873 à Bruxelles, de vers en verres, un Paul Verlaine gorgé d’absinthe empoigna un revolver et tira à deux reprises sur Arthur ne lui laissant que blessures et solitude.

Rimbaud, ce « poète maudit » aussi brillant élève qu’indomptable, cessera toute production littéraire à l’âge de 20 ans. L’autodestruction du prodige débute alors. L’Europe contemplera un jeune auteur sillonner ses contrées, de l’Italie à la Hollande où il s’engagea brièvement dans l’armée coloniale. Plus étonnant, il tenta même une carrière de marchand d’armes auprès d’un roi d’Éthiopie avec l’échec comme seul résultat. Cet esprit torturé restera à la dérive jusqu’à sa mort, un spectre oublié de tous.

Certes, il pulvérisa les codes de la poésie autant que sa personne mais, à défaut du Phoenix, Arthur ne sait renaitre de ses cendres. À 37 ans, une tumeur cancéreuse emporta l’enfant de Charleville.

Aujourd’hui se pose la question de l’accès de sa dépouille au Panthéon. Rimbaud l’anarchiste doit rire de cet effet de manche. Le Panthéon de la Poésie porte déjà son nom.

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