Le 29 mai 1885, un décret déclare le Congo, État indépendant. Disons plutôt un État personnel dont le roi des Belges en devient l’unique propriétaire. Léopold II s’arroge ainsi l’un des plus grands pays d’Afrique et y entend répandre ses volontés quitte à utiliser des méthodes barbares. Une possession personnelle, un drame national et un génocide ancré dans les mémoires congolaises.

Durant près de vingt-quatre ans, le règne de Léopold II au Congo réussit le tour de force de perdurer sans jamais entrevoir son souverain. En effet le roi des Belges ne déambulera en aucun cas dans les rues de Léopoldville, n’exhibera nullement sa longue barbe sur cette terre démesurée. Léopold II est simplement un voisin lointain qui surveille de près.

En cette fin de XIXème siècle, l’Afrique représente la course au colonialisme européen. Chacun veut une part du gâteau africain. La France possède une partie de l’Afrique de l’Ouest, l’Angleterre une bonne part de l’Est et Portugais, Allemands ou Italiens, les derniers morceaux de choix. Ainsi la Belgique veut elle aussi briller de sa superbe sur l’échiquier mondial. Si chacun se sert et trace des frontières rectilignes en faisant fi des cultures et des ethnies, le roi des Belges ajuste, lui aussi, son casque colonial.

Une enclave non occupée ouverte sur la mer

Et à ce jeu, un grand territoire délaissé par les autres puissances semble intéresser le souverain. Encerclée par des pays du centre africain, seule une enclave à l’extrême ouest du pays le relie à la mer. Ce territoire, c’est le Congo.

Prisées en son temps, les défenses d’éléphants et la récolte du caoutchouc nécessitent un important contingent de travailleurs. Volontaires ou non d’ailleurs. Cette course à l’exploitation de l’écosystème provoque un constat basique et souvent employé dans ces contrées: l’asservissement massif des habitants locaux.

Devant l’horizon d’une traite infâme, les villageois fuient à la vue des militaires venus les ferrer. Alors des campagnes punitives sont menées et nombre de congolais sont abattus. C’est le début d’un génocide qui perdurera pendant plus de deux décennies.

Toutefois Léopold II exige une forme d’économie, il faut surveiller les finances car les munitions sont onéreuses. Chaque usage de balle doit être justifié. De cette façon, il est exigé de chaque projectile tiré une preuve irréfutable de sa bonne utilisation : la main sectionnée de la victime…

L’inhumanité de l’Homme envers l’Homme regorge d’imagination en ces temps de sadisme et de non-droit.

Dix millions de morts

Les victimes se dénombrent bientôt par centaines puis par milliers, le Congo baigne dans le sang. Au cours du règne de ce roi, ces exactions comptabilisent alors dix millions de morts, soit autant que de soldats tombés, lors de la première guerre mondiale…

À la mort du barbu semblable à Barbe bleue en 1908 et selon le respect de son testament, Léopold II lègue l’État indépendant du Congo à la Belgique qui devient ainsi le Congo Belge. Toutefois, la continuité politique est abolie et peu à peu une autonomie est concédée à la région. En 1960, ce pays accède enfin à une véritable indépendance, Léopoldville disparait au profit de la capitale actuelle Kinshasa.

Le plus grand pays francophone du monde tente de constituer une véritable nation mais les violences d’hier ressurgissent. Les coups d’État militaires et la spoliation des pays limitrophes se succèdent. La jeune nation donne naissance à des dictateurs qui dirigeront successivement le pays baptisé Zaïre ou République Démocratique du Congo. Si la dénomination change, la malédiction du diable persiste.

Vous voulez en savoir plus ?

L’écrivain Joseph Conrad a servi en qualité de capitaine de marine au sein de l’État indépendant du Congo. Il y décrit ses expériences et le drame du colonialisme sous couvert de la recherche du mystérieux Kurtz. Plongez « Au cœur des ténèbres » et vivez une immersion en pleine nature de cet auteur longtemps pressenti pour le prix Nobel de littérature.

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