En février 1920, les portes d’une bibliothèque de Curepipe s’ouvrent au public. Rien d’extraordinaire me direz-vous. Toutefois, les fonds déployés à son édification proviennent de si loin! D’une terre américaine, un magnat de l’acier exauce sa suprême volonté: démocratiser l’accès à la culture. Retour sur la quatrième de couverture de ce philanthrope atypique, un certain Andrew Carnegie.

« L’homme le plus riche du monde ». Ainsi dénomme-t-on un Américain après la vente de son empire en 1901. Américain ou presque, les villégiatures de plusieurs mois au sein de son château de Skibo, en Écosse, attestant son attachement au pays du chardon.

C’est en 1848 qu’Andrew Carnegie, âgé de treize ans, est déraciné de ses plaines écossaises par ses parents prêts à vivre l’« american dream ». Mais au-delà du rêve, l’adolescent ne sait pas encore qu’il incarnera ce rêve, l’icône ultime du capitalisme américain, la preuve patente du self-made man.

Du fil au rail

Plus jeune, le futur industriel souhaite avant tout s’extraire de sa condition sociale précaire. Au sein d’une usine de textile, il embobine du fil par rouleaux, jour après jour. Carnegie végète à ce poste. Aussi, à ses heures libres, arpente t-il les rayons des bibliothèques de la périphérie de Pittsburgh où sa famille a élu domicile. Durant de longues heures, courbé sur les lignes noires, un petit homme pas encore barbu, mais déjà vorace de savoir, se gorge de livres. Là est la clé de son ambition. Andrew est un garçon qui voit grand, très grand et mise sur un autre domaine: les chemins de fer.

Il réussit à se faire embaucher dans une société ferroviaire de Pennsylvanie et à force de travail et de lectures harassantes, les aptitudes et l’avidité d’apprentissage du vif Carnegie détonnent. Son talent est remarqué et son ascension se confond avec l’essor du secteur. En effet, en ce milieu du XIXème siècle, la course vers le grand ouest sauvage est lancée. La ruée vers l’or en somme…

L’adolescent Carnegie a laissé place à l’homme qui provoque son destin. Dès les premières économies, il investit dans l’acier, matière première indispensable à l’expansion du pays de l’oncle Sam. De fil en aiguille, l’ancien tisserand bâtit un empire et son entreprise compte bientôt parmi les majors du pays. À la Mecque de la finance, l’homme d’affaires prospère et le mythe est lancé. Seul John Rockefeller réussira à le surpasser au concours du plus gros coffre-fort…

2500 bibliothèques à son nom dans le monde

Toutefois, cette sorte de Jean Valjean de la culture désire sauver les misérables de l’inculture. Dans l’antichambre de la mort, Carnegie connait son plus grand créancier: les livres. Le vieil Andrew honore sa dette et inonde de sa richesse cet ultime combat. Le compte bancaire criblé de zéro (avant la virgule…), il dépense sans compter pour la fondation qui saura l’honorer de plus de deux mille cinq cents bibliothèques portant son nom à travers le monde. Les « Carnegie librairies » ont englouti la quasi-totalité de sa fortune, près de 350 millions de dollars d’alors. Des Bahamas en passant par tous les états américains, les bibliothèques de « l’homme le plus riche du monde » fleurissent. Un an après sa mort en 1919, c’est celle de Curepipe qui ouvrait ses portes. Ainsi, Andrew Carnegie gonfle davantage sa légende et applique sa doxa : « Toute vie qui n’a pour but que de ramasser de l’argent est une piètre vie. »

Vous voulez en savoir plus ?

La bibliothèque de Curepipe vous attend pour livrer tous ses secrets. Ici, respire l’esprit de collaboration, du savoir et du partage. Un temple du savoir qui proposera ses plus belles lettres, le temps de découvrir un ouvrage ou un journal. Marchez entre les rangées et sentez l’ombre de Carnegie. Et qui sait, peut-être serez-vous bientôt la personne « la plus riche du monde » après cette expérience!

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