Si son prénom Mohandas Karamchand est peu connu, son titre de Mahatma permet de le définir immédiatement. Une grandeur d’âme qui caractérise une vie d’ascète et un apôtre de la non-violence du nom de Gandhi, fils de famille aisée qui devint avocat après des études en Angleterre, nation contre laquelle il lutta avec constance la politique colonialiste. Du moins une partie de sa vie, car l’adepte du « sit in » en réponse aux matraques, fut impliqué dans une guerre coloniale loin de sa terre natale. Franck Lacorre.

C’est d’abord à Durban où il fut envoyé en 1893, puis à Johannesburg, que Mohandas Karamchand aiguise ses premières armes au sein du cabinet juridique où il travaille. De là, les privations des droits pour les Indiens installés dans le pays le révol-tent. Pendant plus de vingt ans, l’homme de loi usera sa vie à la défense de ces opprimés. Le début du combat sud-africain commence et cette tenace opposition fondera les prémices des futures actions indiennes.

En 1899, un affrontement oppose les Britanniques aux colons d’origine néerlandaise qui portera leur nom, la guerre des Boers. Ces guerriers sud-africains que l’on nommera Afrikaners par la suite sont des combattants redoutables même en sous-effectifs. Afin de contrer les unités de soldats anglais, dix fois supérieures, la stratégie du mouvement des Afrikaners s’avèrera providentielle. Toutefois, au milieu de rugueux échan-ges, les Britanniques prennent l’ascendant avec un curieux aide de camp. Auprès de ses frères d’armes du corps ambulancier, quelle surprise d’aperce-voir un Gandhi se démener au service de la couronne de la reine Victoria!

Temps mort! Du côté des Anglais? Eh oui mon capitaine!

Ainsi il justifia cette action par la garantie de l’Angleterre au respect du statut des Indiens suite à leur contribution dans l’effort de guerre britannique.

« Paroles, paroles » aurait lancé Dalida. Cette erreur d’appréciation provoquera l’ironie d’avoir une égérie de la non-violence en la personne d’un ancien combattant britannique, médaillé de surcroit!

 

La marche du sel du «fakir à demi-nu»

Par son mépris et sa tromperie, l’empire britannique façonne ainsi l’engagement irrévocable du héros indien. Nous connaissons la suite. De retour en Inde, il développa sa légendaire doctrine jusqu’à étouffer la politique répressive britannique. « En marche » bien avant Emmanuel Macron, ce citoyen de conviction entamera le 12 mars 1930 un périple de 25 jours en protestation à la volonté anglaise de taxer le sel. Muni de son bâton de pèlerin et frappant les esprits par son message: servez-vous sans attendre! Winston Churchill comprend alors qu’il devra compter sur ce contestataire qu’il surnomme « Le fakir à demi-nu » dans le combat pour l’indépendance.

A force de détermination, grèves, jeûnes, boycotts et de multiples incarcérations, le « V » de la victoire sera obtenu durant les dernières années de son existence. L’humaniste au crâne lisse, lunettes rondes et moustache clairsemée voit de son vivant la souveraineté de l’Inde au prix de méthodes aussi simples qu’efficaces: désobéissance civile et non-violence.

Gandhi bataille dans le même temps contre la scission entre hindous et musulmans qui sévit sur le territoire durant de nombreuses années. Malheureusement, il ne peut éviter cette discorde dans un espoir déçu de préservation de l’unité indienne. Alors, en 1947, l’ancien Empire des Indes donnera le jour à deux pays, l’Inde et le Pakistan, nouvel état musulman.

 

Le temps des récriminations et des dangers

Diminué par les luttes d’une vie, le corps amaigri, l’homme se sait menacé par sa santé et les opposants. Certains le tiennent pleinement responsable de la partition de l’ancien empire. Son assassinat est programmé. Le 30 janvier 1948 à Delhi, la maison du sage dénommée

« Birla House » connait les ultimes élans de vie de Gandhi. Comme chaque jour, une nuée de fidèles se massent sur la pelouse de la demeure. Marche après marche, le vieil homme se mêle au peuple afin de communier conjointement dans une prière. Dissimulé dans la foule, un fanatique hindou armé d’un revolver patiente. Vêtu de son immuable dhoti, Gandhi se fraye un chemin. C’est alors qu’une arme se pointe dans sa direction et par trois fois crache le métal. « Mon Dieu » prononce alors le blessé avant de rendre son dernier souffle.

Une vie de défenseur s’éteint où plus de 2 000 jours de prison dans les geôles anglaises ont été nécessaires à la création de la plus grande démocratie du monde… Pacifique, souvent cité mais si peu imité, Gandhi inspirera Nelson Mandela ou Martin Luther King et laissera une marque impérissable. Un Mahatma qui savait utiliser les médias pour presser les Anglais et exposer son chétif physique, encore ancré dans les mémoires, pour peser de tout son poids.

Ultime symbole de ce destin hors norme, gravé dans la date anniversaire de Gandhi, né un 2 octobre 1869. Une naissance synonyme de fête nationale indienne, de journée internationale de la non-violence et, hasard du calendrier grégorien, qui correspond à la fête des anges gardiens!

 

Vous voulez en savoir plus ?

L’écrivain et réalisateur mauricien Alain Gordon-Gentil s’est penché sur la vie de Gandhi. En particulier la marche du sel de 1930 à travers le documentaire « Les moussons intimes ». Une marche qui lèvera les foules, mènera jusqu’à l’indépendance de L’Inde et servira de terreau aux fondements d’une idéologie. A Productions-Editions Pamplemousses.

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