En l’honneur de Louis XV, la ville de Port-Louis connaît un essor prodigieux sous l’œuvre d’un homme: Bertrand-François Mahé de la Bourdonnais. Le Malouin délaisse le sud de Maurice pour poser les bases d’une nouvelle cité dont le port rayonne encore aujourd’hui. Retour sur les réalisations de ce gouverneur emblématique des Mascareignes et sa fin tragique survenue le 10 novembre 1753.

«Port Nord-Ouest», telle était l’appellation, sous le premier gouverneur de l’Isle de France, d’une capitale qui en 1735 devint Port-Louis. De cette date et jusqu’à 1748, le gouverneur général des Isle de France et de Bourbon, Mahé de la Bourdonnais, développe cette ville portuaire idéale. Il apparaît comme l’homme providentiel de ce XVIIIème siècle. L’officier de Marine transforme durant dix ans la capitale muée en chef-lieu de cette colonie en perpétuelle effervescence. Il bâtit des hôpitaux, trace des routes, implante les docks, y importe le manioc et érige les premières sucreries dans les faubourgs.

Au secours de Dupleix

En septembre 1746, un évènement majeur le détourne de sa destinée. Le gouverneur Dupleix responsable de la colonie de Pondichéry sollicite une assistance. Ni une ni deux, le valeureux la Bourdonnais s’embarque, ainsi que quelques frégates, pour bouter les Anglais hors d’Inde. La bataille de Madras tourne en faveur des Français qui, pour une fois, maîtrisent les mers face à la perfide Albion esseulée. L’étau se desserre autour de Dupleix et, paradoxalement, comprime dorénavant le libérateur. Le pavillon de la discorde est élevé. En cause, la vision dissonante des deux gouverneurs quant au devenir de cette nouvelle terre. Dupleix souhaite y faire une expansion de la colonie française quand la Bourdonnais désire une simple rançon pour cette prise de guerre. Un différend qui lui sera fatal.

De retour aux Mascareignes, les relations de poids du machiavélique Dupleix s’activent. La Bourdonnais n’est plus gouverneur! C’est la première défaite du Malouin. Pire, cette escarmouche entre les deux hommes s’avère vaine puisque Madras est rendue aux Anglais en 1748 par le jeu des traités des deux superpuissances coloniales…

Cette même année 1748, révoqué de son rôle aux Mascareignes, la Bourdonnais prend le large pour le vieux continent. Une fois parvenu à Paris, il est aussitôt envoyé à la Bastille, ferré comme un vulgaire bagnard. Le talent attire les maux et Dupleix tente de lui enfiler le costume de traître à la solde des Britanniques. « M’ont-ils tous oublié ? » murmurait le gouverneur déchu dans son cachot où sa santé se détériore. Près de trois ans de prison sont nécessaires à un procès qui… finit par l’innocenter. Cependant, le patriote est souffreteux, il périclite.

Humilié, ruiné, oublié

Avec une constante ironie, l’Histoire sait nous combler de ses coïncidences délicieuses. Moins de deux ans après sa libération, la Bourdonnais meurt le 10 novembre 1753 dans son appartement parisien rue… d’Enfer, la ruine, l’humiliation et l’oubli en compagnons d’infortune.

Ironie encore, son rival le gouverneur Dupleix décèdera également le 10 novembre 1763 soit, dix ans plus tard jour pour jour, dans des conditions d’oubli similaires!

À coup sûr, côte à côte auprès de Saint Pierre, les bougies du jubilé de leur trépas sauront les rapprocher!

Aujourd’hui, du Barachois de Saint-Denis de La Réunion ou de la Place d’Armes de Port – Louis, le visage immobile de la Bourdonnais contemple l’horizon. Port-Louis s’étale alors comme sanctuaire de son œuvre, un musée permanent de son talent.

Vous voulez en savoir plus ?

Que dire de Port-Louis tant le projet semble si vaste! Un Mauricien a su allier avec justesse les détails techniques et historiques de la capitale de l’île sur deux volumes fabuleux. Dans la lignée d’Auguste Toussaint au siècle dernier, Jean-Marie Chelin fait vibrer les passionnés avec “Port-Louis histoire d’une capitale”!

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