L’îlot Gabriel, l’Ile Plate et le superbe lagon qui les sépare, sont devenus les destinations d’une large flotte de catamarans. Mais il existe, sur l’Ile Plate, un site particulier, chargé d’histoire, magnifique et intelligemment aménagé, auquel n’accèdent que quelques privilégiés… The Governor’s House, la Maison du Gouverneur.

Alignés le long des pontons qui tanguent paresseusement, les catamarans absorbent paisiblement leurs contingents de touristes en bermudas… L’un après l’autre, les multicoques s’écartent lentement et slaloment entre les bateaux au mouillage, dans la baie du Nord, Grand Baie.

Avec ses 42 pieds de long (environ 14 mètres), le Bon Voyage n’est pas le plus imposant. Et nous ne sommes d’ailleurs pas nombreux à embarquer à son bord. Enfin, nous embarquerons quand les deux fonctionnaires de la Beach authority auront fini leur inspection. Ayant vu que des enfants allaient faire partie des passagers, ils ont exigé que l’équipage les harnache de gilets de sauvetage de petite taille. Après tout, c’est une mesure de sécurité bien compréhensible…

Sonia et Chokri.

Nous posons le pied sur le pont du voilier une bonne demi-heure après le départ des autres bateaux, et plus d’une heure après l’heure initialement prévue pour le début de notre croisière… Mais qu’importe, le ciel est limpide, le soleil radieux, la mer calme, le vent faible… et le café chaud. L’équipage, exclusivement masculin, connaît son affaire et combine sans qu’il y paraisse, les impératifs de la navigation avec les exigences du service à la clientèle.

A bord, chacun tente de trouver sa place. Pour Sonia, ce sera la zone protégée du cockpit, à l’arrière. Chokri, son époux, semble déjà plus amariné: il s’allonge à l’avant du catamaran, devant le filet qui relie les deux flotteurs. A Maurice pour dix-huit jours, ils y célèbrent leur trentième anniversaire de mariage! Parisiens aux origines tunisiennes, tous deux sont ouverts et vont facilement vers les autres.

L’Ile Plate, surmontée de son sémaphore.

Escale indiquée pour voyages de noces

Leur gouaille et leur humour marqueront d’ailleurs cette superbe journée!

Aurélie et Nicolas, eux, n’ont que deux jours de mariage! Organisé par Philippe, un copain de lycée du jeune marié, leur voyage de noce à Maurice les ravit…et cette escale sur l’Ile Plate va les subjuguer! Philippe, justement, est aussi de la partie, avec sa compagne, Caroline, leurs enfants et une amie, Sandrine.

Après avoir longé la falaise du Coin de Mire, et malgré un vent contraire, nous approchons de notre destination. Le petit lagon est encombré de tous les catamarans partis avant nous. Au mouillage, deux dinghies viennent nous chercher. Mais au lieu de nous débarquer sur la partie la plus proche de la côte de l’Ile Plate, les deux petites embarcations filent plein Nord. Après dix minutes de navigation, nos deux canots nous débarquent sur une plage superbe. Nous marchons quelques minutes pour atteindre des abris de toile, dressés à-même le sable. On s’affale sur les « beans bags », savourant, à l’ombre, un paysage magique. Nous ne voyons plus l’îlot Gabriel, ni les catamarans et les « speedboats ». Seulement la mer et, à trois cents mètres au large, les écueils du récif contre lequel se fracassent les vagues! Dans un même élan, nous plongeons tous dans cette eau d’une incroyable pureté. Pendant cette baignade rafraîchissante, Suraj, l’un des matelots du bord, s’est transformé en serveur zélé. Il nous apporte, jusque dans l’eau, les bières, mojitos ou sodas que nous venons de lui commander… et savourer son verre, tout en étant dans cette eau cristalline, est un plaisir rare.

Sous les auvents, le même Suraj passe régulièrement quelques amuse-bouches: saucisses grillées, verrines de boucané-lentilles ou salade d’ourite (poulpe).

Tous séduits par ce décor exceptionnel, nous échangeons nos impressions, paresseusement allongés sous nos abris de toile.

Suraj assure le service jusque sur la plage.

On y débarquait les voyageurs malades

A l’heure du déjeuner, nous devons, un peu à regret, abandonner notre campement pour entrer un peu dans l’île. Nous empruntons un sentier qui débouche sur une clairière. Des chaises longues y attendent d’éventuels rêveurs, alors que deux vastes salons ont été dressés… Mais une construction attire les regards. Les murs, en grosses pierres taillées, sont intacts, mais la charpente et le toit n’ont pas résisté. Nous voilà devant Governor’s House… la Maison du Gouverneur.

Un titre bien pompeux pour un fonctionnaire qui avait une fonction ingrate et dangereuse! En effet, jusqu’au début du XXème siècle, l’Ile Plate était un lazaret. On y débarquait les voyageurs tombés malades à bord du bateau qui les amenait à Maurice. Là, ils restaient en quarantaine, et parfois de longs mois durant, avant d’obtenir le droit de regagner la terre principale… s’ils survivaient. Pour limiter les risques d’infection, les morts de l’Ile Plate étaient d’ailleurs inhumés sur l’îlot Gabriel! Et pour administrer cet étrange hospice, on avait délégué là un « gouverneur », logé dans cette belle et forte demeure, qui domine l’océan…

Un cadre exceptionnel pour un déjeuner.

Aujourd’hui, cette partie de l’île est exclusivement réservée aux passagers de notre catamaran, le Bon Voyage! Il s’y organise régulièrement des excursions comme la nôtre, mais aussi des mariages ou des sorties d’entreprise.

Aucune transformation lourde n’est venue enlaidir la Maison du Gouverneur et l’on a vraiment l’impression de profiter d’un privilège exceptionnel!

Pour notre déjeuner, et comme de juste, les jeunes mariés et Sonia et Chokri ont eu droit au menu « Gold » comportant une belle langouste grillée. Pour les autres convives, l’assiette, copieuse, proposait de la daurade, du poulet, des saucisses, du riz et des légumes. Après le dessert, nous retournons sur la plage, où le café nous attend, servi avec de délicieux petits cannelés bordelais…

Nous avons appris à nous connaître et les conversations vont bon train. Aurélie et Nicolas sont émerveillés par le programme exceptionnel que leur a concocté Philippe. Sonia semble avoir dompté ses appréhensions vis-à-vis de l’océan. Equipée d’un masque-tuba, elle part explorer le lagon et nous fait part de ses découvertes: « des poissons de toutes les couleurs! ». Chokri se verrait bien passer là quelques mois, « ou même les trente prochaines années », jouant au Robinson…

Bien après tous les autres bateaux, le Bon Voyage franchit l’étroite passe qui nous ramène en pleine mer… alors que nous sommes sous voile, à quelques encablures du Coin de Mire, Philippe donne l’alerte! A environ un mile nautique, vers l’Ouest, le geyser caractéristique du souffle d’une baleine s’élève au-dessus des vagues! Pour fêter ce démenti cinglant apporté à l’un de nos ministres – et surtout pour célébrer le mariage de leurs amis -, Caroline et Philippe demandent à Suraj de servir le champagne! Il est glacé et, savouré ainsi, au milieu de l’océan… il est simplement inoubliable!

Dans un roman de JMG Le Clézio

Dans son roman, LaQuarantaine, le Prix Nobel de Littérature d’origine mauricienne, Jean-Marie Gustave Le Clézio, utilise l’Ile Plate comme décor. Dans cette fiction, basée sur des récits familiaux, le grand-père de l’auteur, encore jeune homme, doit subir une longue quarantaine, au lazaret de l’Ile Plate, après qu’un cas de variole se soit déclaré sur le bateau qui le ramène à Maurice. Là, parmi d’autres voyageurs de toutes conditions, et malgré l’angoisse d’une possible contamination, il éprouve un réel envoûtement pour la beauté naturelle de ce petit atoll. Il y est aussi subjugué par la beauté d’une jeune hindoue qui tente de l’initier aux subtilités de sa culture.

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