Cette question empruntée au Cid de Pierre Corneille ne peut appeler qu’une réponse positive au regard de la bonté de ses habitants! Des Rodriguais chaleureux, placés à rebours du temps. Bercée par le ressac de l’océan, leur île a connu nombre de rebondissements, de l’abandon à une autonomie obtenue en octobre 2002. Les trois coups de bâtons retentissent, le rideau se lève sur Rodrigues.

En 1691, huit huguenots français, dont le fameux François Leguat, fuient leur pays en direction de la Hollande. La guerre de religion provoquée par la révocation de l’édit de Nantes pousse les protestants à trouver un nouveau point d’ancrage. Nombreux sont les huguenots en quête d’un ailleurs plus clément. Une grande partie d’entre eux trouveront refuge en Afrique du Sud. Mais pour François Leguat et ses hommes fuyant la furie à bord de L’Hirondelle, ce sera plutôt les Mascareignes. Un temps évoqué, La Réunion sera finalement abandonnée au profit d’une île bien plus recluse: Rodrigues.

La première tentative de colonisation échoue

Cet écrin de nature de 110 km2 situé à 650 km de Maurice en l’honneur d’un navigateur portugais – Don Diego Rodriguez – regorge de fruits exotiques et de poissons chamarrés. Toutefois, François Leguat connaîtra l’échec, sa communauté  protestante peinant à y prospérer. Ces hommes ont bien patienté durant deux ans, mais privés de navires pour soutenir leur projet de colonisation, ils s’essoufflent. Pire, un des huit premiers habitants de l’île décède. Alors l’exode est décidé. « Va, je ne te hais point » paraissait susurrer l’îlot. Un radeau de fortune est construit et résolus, les sept hommes prennent la mer afin de rallier Maurice.

Sous l’ère française, une poignée de colons et d’esclaves survivent sur cette terre, principalement autour de la capitale actuelle, Port-Mathurin, du nom d’un des premiers colons français établis. Cependant, le pays du « bien-aimé » Louis XV n’accorde que peu d’importance à Rodrigues et privilégie les efforts du gouverneur La Bourdonnais sur les autres rives des Mascareignes.

L’éternel frère ennemi anglais, lui, comprend l’intérêt stratégique de Rodrigues. D’une part, sur la route des Indes, l’île représente une véritable aubaine pour toute escale. D’autre part, si proche de Maurice, elle constitue une tête de pont idéale pour toute attaque navale!

Ainsi en 1809, les soldats de George III s’emparent aisément de Rodrigues et planifient l’invasion. Après une tentative ratée en août 1810 à la bataille de Grand Port, les Anglais réitèrent trois mois plus tard, cette fois au nord de l’île Maurice, dénommée encore pour quelques heures, Isle de France. En surnombre patent, les Anglo-saxons tutoient un succès total.

Des services judiciaires et de police

Bien que stratégiques, les Britanniques n’utiliseront pas davantage que les Français l’île Rodrigues. Son relief escarpé et son sol rocailleux empêchant toute culture de la canne à sucre, les travailleurs engagés seront déployés uniquement à la faveur des îles de La Réunion et Maurice.

En 1843, Rodrigues est habitée par près de trois cents personnes dont une forte majorité d’affranchis. À cette date – et plus de trois décennies après son contrôle -, les Anglais débutent l’administration de Rodrigues sur le fondement de services judiciaires et de police.

L’indépendance obtenue en 1968, l’idée d’une plus grande autonomie fait son chemin au sein de la population rodriguaise. Sous le vernis de la placidité, les habitants de l’île savent faire valoir leurs droits et le 12 octobre 2002 obtiennent du Président et Premier ministre mauricien d’alors, un statut d’autonomie.

Rodrigues, sous les vers légendaires de Pierre Corneille, l’avait bien annoncé:

« Je suis jeune, il est vrai, mais aux âmes bien nées, La valeur n’attend point le nombre des années. »

Vous voulez en savoir plus ?

Qui de mieux que J.M.G. Le Clézio comme ambassadeur de Rodrigues, lauréat du prix Nobel de Littérature 2008 et ardent défenseur de cette terre de l’océan Indien? De son style caractéristique, l’auteur nous transporte sur les traces de ses racines mauriciennes et retranscrit avec talent les couleurs et les saveurs rodriguaises.

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