Son air somnolent, voire balourd, a provoqué chez les colons successifs ce nom de « dodo » dans leurs langues respectives. Une désignation souvent peu flatteuse. En plus d’être éradiqué, l’animal sera moqué de son vivant. Le dodo est à l’île Maurice ce que François Pignon est au cinéma français ! Quoique… 

Il est l’heure. L’heure de fêter un symbole national. Le réveil du dodo a sonné. Affublé d’ailes atrophiées, lent et guère agile, le dronte avait tout pour disparaître. Et pourtant, il fait aujourd’hui figure de légende.

Tout commence au milieu du XIXème siècle lorsqu’un ingénieur britannique du nom d’Higginson finalise la première voie ferrée du pays dans le sud-est de l’île. Il s’étonne de voir les coolies déterrer des amas d’os. À bien y regarder, il ne s’agit pas d’ossements humains mais bel et bien ceux d’un animal. Qu’est-ce donc ? Cela ne correspond pas avec la faune connue. Alors, chargé de sa trouvaille, il s’en va voir un compatriote dont le dodo est la marotte, un certain George Clark. Cet enseignant de Mahébourg est sous le choc ! Enfin! C’est ici la preuve attendue.

La dodomania démarre en 1865

Ainsi Clark poursuit les recherches et détermine un lieu idéal de fouille. Selon lui, la confluence de trois rivières vers la mer laisse penser que des dodos auraient pu s’y établir. Et les antres de ce marais lui donnent raison : la mare aux songes est découverte ! En 1865, des centaines d’ossements sont exhumés. La dodomania commence.

C’est une émulation dans le monde de l’archéologie. Les songes, légumes cultivés donnant le nom de la mare, disparaissent au profit d’une nuée de spécialistes envoyés par les musées internationaux. Armés de pelles et de pinceaux, les archéologues s’élancent à la recherche de ce spécimen. Ce XIXème siècle voit les ossements de l’animal s’envoler vers l’Angleterre où musées et aficionados rachètent à bas coût ces vestiges du passé.

Des œufs abandonnés sans protection

Avant toute colonisation, ces marécages où seuls les arbres dominent le paysage, demeurent secrets. Le sanctuaire de cet oiseau sans prédateur naturel n’a que faire de ses défenses. Lui qui pond des œufs et les abandonne sans protection lors des recherches de graines… Le dronte traîne son mètre et sa vingtaine de kilos dans une île Maurice paisible. Alors pourquoi l’Évolution s’en serait-elle mêlée ?

Mais sur la route des épices, les Mascareignes attirent les marins et les desseins géostratégiques. La nuit du roi approche, le dodo doit bientôt délaisser son trône. Les barbares sont à sa porte. L’animal est décimé, annihilé par les colons successifs, ainsi que les rats, chiens et cochons, eux aussi, descendus des cales.

Sur le théâtre de la mare aux songes, le dodo tient un rôle prédéfini dans ce drame shakespearien : il jouera le mort.

D’aucuns prétendent qu’il s’agit ici d’un lieu de réflexion, zone dont l’humanité se doit de repenser ses méfaits. L’extinction du dodo au XVIIème siècle tinte comme un prélude, la liste s’allonge.

Ainsi, l’animal exterminé devient une pièce de collection. Une résurrection par le marché de l’Art qui s’empare du phénomène. En mai 2019, le squelette de cette icône s’échange à prix d’or. Au sein des dorures de la salle de vente londonienne de Christie’s, pas moins de vingt millions de roupies sont nécessaires. Le prix de l’immortalité ?

Vous voulez en savoir plus ?

Revivez les aventures de l’animal mythique mauricien à travers l’ouvrage d’Alan Grihaut Dodo cet oiseau de légende et profitez de la collection de trois mille os de dodo au Musée d’histoire naturelle de Port-Louis. Ou encore, saurez-vous le retrouver dans un des chapitres des Aventures d’Alice au pays des merveilles ?

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