Intouchable. Un mot en guise d’inexistence sociale au sein de la société indienne. Et en ce début de XXème siècle, cet important pays de l’Empire britannique se cherche. Dans cette période de transition, un homme dépassera les clivages et deviendra le rédacteur de la Constitution de l’Inde malgré son statut d’intouchable. Bhimrao Ambedkar vient de naître. Nous sommes le 14 avril 1891. 

Au son des premiers cris, ce nouveau-né scelle son destin. En cause, son statut qu’il nommera lui-même « dalit », un « opprimé », dont la plus grande injustice est de naître de parents de caste miséreuse. Une fatalité génétique dont l’emploi est d’ores et déjà réservé à son rang : ce sera vidangeur, travailleur du cuir ou manipulateur de carcasses de bovins. Une tâche impure en raison de la condition sacrée de la vache dans la religion hindouiste.

Mais le jeune Ambedkar ne croit pas au coup du sort. Une caste ne retient que ceux qui lui donnent de l’importance. Cet enfant du centre-ouest de l’Inde veut la dépasser. Alors son émancipation sociale se fera par l’éducation. C’est un élève brillant et l’instituteur le remarque. Des maharajas subventionnent ce talent dissimulé derrière de larges lunettes rondes. Ces mécènes l’accompagnent et, ainsi, cherchent à fédérer toutes les castes d’Inde occidentale. Bilan, Ambedkar étudie à Bombay, New York et décroche un doctorat d’économie à Londres.

Le porte-parole des intouchables

Hors de sa condition prédestinée, le Dr Ambedkar veut représenter davantage et désire abolir l’injustice de la naissance. Alors il s’engage en politique et devient le porte-parole des intouchables, estimés à un quart de la population de la colonie. Ce nouveau politicien n’est pas dupe : il sait qu’il fait figure de symbole. D’un côté, il est l’homme qui sert les idéaux d’unité indienne. De l’autre, les Britanniques poussent son mouvement pour mieux diviser le pays. De cette manière, la puissance de la plus haute caste, les brahmanes, est, de facto, amoindrie.

Qu’importe, même instrumentalisée, la cause des intouchables avance.

Son combat paye. Le nom de Ambedkar circule au sein des sommets de l’État. Il n’est pas surprenant alors de le voir, après l’indépendance, en 1947, en poste en tant que ministre de la Justice et président du comité de rédaction de la Constitution. L’enfant de Mhow obtient un quota pour les dalits qui, enfin, sont représentés dans l’échiquier politique. Mieux, dix pour cent des emplois de la fonction publique leur sont alloués.

Impuissant face aux conservateurs du parti de Nehru

En 1950, il fait voter la reconnaissance égalitaire de tous les citoyens, sans distinction de caste, de sexe ou de religion. Il réussit à abolir l’intouchabilité mais ne peut supprimer le système de caste.

C’est une nouvelle bataille de gagnée mais bientôt la perte de la guerre. Alors qu’Ambedkar veut reformer à toute vitesse, Nehru éprouve l’hostilité des plus conservateurs de son parti et ne peut manœuvrer aisément.

L’intouchable, arrivé au sommet, ne peut tout vaincre. Ainsi en 1951, la lettre de démission sur le bureau de Jawarharlal Nehru, le Dr Ambedkar abandonne. Il fustige ces « réformateurs » hindous et va jusqu’à délaisser sa religion au profit du bouddhisme. Lui qui avait annoncé qu’il « ne mourrait pas hindou » a alors sauté le pas, vexé de n’avoir pu réformer une machine politicienne plus forte que ses idéaux.

En 1956, l’homme aux éternelles lunettes rondes décède. À la lueur de son combat, il repose probablement au Nirvana.

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