Le 10 septembre 1933, dans un brouhaha métallique un avion atterrit à Maurice. La première liaison aérienne est établie entre les îles sœurs. Si l’époque est au nazisme en Europe ou au New Deal aux États-Unis, l’heure est à l’aviation dans les Mascareignes. Les bateaux peuvent jeter l’ancre, le courrier sera dorénavant convoyé par les airs. La piste est libre, décollage immédiat.

À Mont Choisy, au nord de l’île Maurice, les roues de la carlingue d’un Potez 43 viennent de toucher le sol. Le pilote réunionnais Maurice Samat et la foule sont en liesse.

Cet avion répondant au doux nom de « Monique » vient d’atterrir. Ce monoplan marque un tournant pour enrayer la lenteur maritime. De cette manière, les airs seront la voie privilégiée même si plus de deux heures sont nécessaires à cette traversée. Il y a un aspect Petit Prince dans cette aventure. Saint-Exupéry, lui aussi, livre le courrier par les airs et parcourt le monde entre réalisme et onirisme. Cet auteur français qui écrira qu’« avec l’avion, nous avons appris la ligne droite ».

Et pourtant. Ces heures paraissent si longues dans le ciel, l’homme erre sans instrument et pour seul guide boussole et instinct. Parfois, il devine un bateau de liaison entre les deux îles qui le rassure sur la bonne direction. On se raccroche à si peu de chose une fois dans les airs. L’aéronautique paye ses avancées par un lourd tribut. Les hommes meurent si facilement pour sa gloire. Qu’importe, Maurice Samat s’affranchit des craintes et prie afin que le moteur tienne.

Ce n’est pas la première fois qu’un avion surplombe l’île Maurice. En 1922, le Major Honnet s’était envolé depuis le Gymkhana à Vacoas. Mais le pilote sud-africain n’avait en aucun cas tenté cette traversée si dangereuse.

Trois ans après le succès de Samat, en 1936, un vol de France effectue la première liaison depuis le vieux continent. À présent, l’océan indien est connecté à l’Europe. Mais la petite histoire rejoint la grande. En 1942, l’île du dodo sous colonie britannique est rattrapée par la guerre. Un aérodrome est nécessaire pour la flotte de la Royal Air Force. Ce sera dans le sud du pays, à Plaisance. Le positionnement stratégique de l’île au sein des Mascareignes permet le ravitaillement et une solution de repli pour la patrie de Winston Churchill.

Une fois la guerre achevée, l’aérodrome offre un fort potentiel. C’est la promesse d’un Nouveau Monde, une ouverture sur le globe. Le monde se reconstruit et le transport aérien amoindri les distances. Courriers, matériaux, matières premières et pourquoi pas des touristes à présent à portée d’hélices. Alors en 1967, la compagnie Air Mauritius voit le jour. Une naissance l’année précédant l’indépendance de l’île. Un homme s’est illustré dans cette expansion hors norme. Un certain Amédée Maingard. Lui, le héros de la Seconde Guerre mondiale, qui avait compris la révolution aérienne dont le tourisme pourrait développer son île natale. C’est ainsi que le « Paille-en-queue » prit son envol. Ainsi prend naissance le logo de la compagnie aérienne et le nom du premier avion de la compagnie mauricienne, l’essor du tourisme est acté. Et si Amédée Maingard est décédé en 1981, son héritage plane toujours.

Vous voulez en savoir plus :

Parcourez la grande plaine bordée de filaos de Mont Choisy. L’eau azur en toile de fond et imaginez la scène d’antan. Une gigantesque plaque commémorative surplombe le lieu. Par suite, le documentaire de Michel Vuillermet vous mènera sur les traces du « Paille-en-queue » et du célèbre Amédée Maingard. De l’agent secret au capitaine d’industrie, découvrez une destinée prodigieuse.

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