Une belle ambiance de colonie de vacances régnait dans le car affrété par la Région Réunion. En ce vendredi 15 mars, point de marmailles au rendez-vous mais une bonne cinquantaine de journalistes, tous vêtus de gilets jaunes, parés de casques et de chaussures de sécurité, qui s’égaillaient à l’idée de ce petit voyage hors du commun. Direction la Nouvelle Route du Littoral pour célébrer la pose de la dernière pile du viaduc qui longe désormais la falaise à quelques encablures des côtes.Stéphane Guillebaud

L’événement n’a de portée que symbolique puisque la pose de la dernière pile de signifie en rien l’ouverture du viaduc à la circulation (lire également par ailleurs). Une étape importante venait d’être franchie dans ce chantier titanesque de près de 2 milliards d’Euros. Didier Robert, Président de la Région Réunion, avait tenu à marquer le voyage de presse de sa présence.

Circuler sur le viaduc encore vierge de tout trafic et posé à trente mètres au-dessus de l’océan Indien faisait émerger, dans les esprits, des analogies qui n’auraient pas juré dans un film post-apocalyptique de Stephen King. Barbe blanche et regard clair, Francis Guinchard répondait avec patience et précision aux sollicitations gourmandes de la presse locale. Chef du chantier du viaduc, il est le maître à bord.

70 à 80 000 véhicules par jour

Lors de la conférence de presse qui a suivi, Didier Robert l’a martelé, « c’est la sécurité qui a décidé le lancement de ce chantier exceptionnel ». Sécurité des usagers de l’actuelle route du littoral, circulant en permanence sous la menace d’un effondrement de la falaise.

Long de 5,4 km, le viaduc conserve une certaine élégance malgré des mensurations de mastodonte. Environ 300 000 m² de béton et 38 000 tonnes d’acier, répartis dans 48 piles enfoncées dans la roche subaquatique et les 1386 « voussoirs », morceaux de tablier assemblés comme autant de parts d’une bûche de Noël découpée, puis reconstituée. L’un d’eux a croisé notre car, posé sur engin improbable doté de 128 roues!

Un grand vide sépare encore la dernière pile, posée le 12 mars, du convoi de journalistes. L’achèvement du tablier est programmé pour le mois de mai. Viendront ensuite les « finitions » jusqu’au premier semestre 2020. Titanesque et exceptionnel, le viaduc de la Nouvelle Route du Littoral a accueilli à ce jour environ 20 000 visiteurs. Demain, entre 70 et 80 000 véhicules parcourront chaque jour ses voies.

L’avenir de l’actuelle route du littoral n’est pas encore totalement scellé

Pas avant 2023 !

S’il en représente la partie la plus spectaculaire, le viaduc ne constitue qu’une partie du projet de Nouvelle Route du Littoral. Et bien que l’on annonce l’ouvrage achevé au premier semestre 2020, il faudra attendre trois ans de plus pour pouvoir circuler sur le tronçon. Reste encore à réaliser les 2,7 km de digue reliant la Grande Chaloupe à La Possession. Les travaux viennent de démarrer et dureront au moins 18 mois. Reste encore à terminer le nouveau pont sur la rivière Saint-Denis, achèvement prévu à l’horizon 2021-2022; à construire le raccordement avec le pont Vinh-San, 18 mois de travaux là encore; à concrétiser enfin la nouvelle entrée Ouest de Saint-Denis, incluant le contournement du Barachois. Résultat, faute d’un calendrier parfaitement imbriqué, le beau viaduc flambant neuf pourrait bien rester trois ans sans voir passer la moindre voiture! « Les Réunionnais ne le comprendraient pas. Moi non plus » assure Didier Robert. Au point que le Président de la Région Réunion n’exclue pas l’étude d’une alternative permettant la mise en service du viaduc, sans attendre l’achèvement des autres programmes. Laquelle? Mystère.

Que deviendra l’ancienne route ?

La construction de la Nouvelle Route du Littoral scelle le destin de l’actuelle route du littoral. Créée en 1963 entre Saint-Denis et La Possession, élargie à 2×2 voies en 1976, elle demeure l’unique liaison vers l’Ouest, à l’exception de la sinueuse route de La Montagne. Sinuant le long des falaises, le tronçon se distingue par sa dangerosité. Depuis l’ouverture, le chutes de pierre ont fait 19 morts. Un lourd bilan qui a justifié, pour la Région, le lancement du chantier de la Nouvelle Route du Littoral. En théorie, l’avènement de la NRL entraînera tout simplement la fermeture définitive de l’actuelle route. Le cahier des charges environnemental du chantier prévoit néanmoins la destruction de l’ancien ouvrage. Un impératif coûteux qui incite la Région à imaginer d’autres solutions. Et, si Didier Robert reste encore plutôt taisant sur le sujet, il ne se prive pas de sous-entendus, distillés avec soin, laissant entendre qu’une nouvelle vie est encore possible pour l’actuelle route du littoral.

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