Deux ans et demi après sa fermeture, pour rénovation, le Museum d’Histoire Naturelle de Port-Louis a rouvert ses portes. Les collections présentées demeurent à peu près inchangées, mais les visiteurs peuvent notamment y découvrir une salle spécialement consacrée au dodo, et particulièrement riche. 

Des gouttières qui coulaient sur les animaux naturalisés, une chaleur suffocante et une organisation des collections pour le moins floue, voilà comment s’est longtemps présenté le Museum d’Histoire Naturelle de Port-Louis. Malgré l’élégance du bâtiment ocre qui trône devant l’ancienne Chaussée Royale, tout près du Jardin de la Compagnie, la visite avait bien peu à offrir aux touristes en mal de culture, aux naturalistes amateurs et aux groupes scolaires.

Sa fermeture, en 2017, avait donc toutes les apparences d’une urgence absolue, au moins pour sauver un élément important du patrimoine architectural. Après deux années et demie et plusieurs reports, la réouverture du musée a donc bien eu lieu, il y a quelques semaines.

Force est de constater que les travaux ont effectivement permis d’assainir la situation et d’enrayer la dégradation du bâtiment. Le visiteur n’a plus la sensation d’entrer dans une quasi-ruine.

Le toit ne fuit plus, les salles ont été agréablement raffraîchies et certaines d’entre elles sont même climatisées.

Oiseaux, poissons, cornes et bois…

Pour ce qui est des collections, à peu de choses près, les visiteurs y retrouveront les mêmes contenus.

La première salle est ainsi réservée aux oiseaux des Mascareignes, répartis selon leur milieu naturel: oiseaux de mer, des marais, etc… Cette présentation est renforcée par une bande sonore reproduisant les cris des espèces présentées.

Dans une enfilade quelque peu labyrinthique, que l’on peut parcourir dans le sens que l’on souhaite, les salles se succèdent. On peut y découvrir une collection d’insectes particulièrement bien fournie, dont les papillons, superbement colorés, attirent inmanquablement le regard.

Une collection importante est consacrée aux animaux marins, regroupant de nombreux spécimens naturalisés de poissons et mamifères marins vivant (ou ayant vécu) dans nos eaux. Cela permet, notamment, de découvrir le lamantin (veau de mer), jadis présent dans tout l’océan Indien et dont ne subsisteraient que quelques individus, aux Comores. Requins et baleines y sont aussi fortement représentés et l’exposition d’une simple vertèbre de cachalot permet de prendre conscience de la taille de ce cétacé, toujours visible au large de nos côtes.

On regrettera, toutefois, que l’aquarium central soit consacré aux poissons d’eau douce. Un bac d’eau de mer, avec des poissons du lagon aurait apporté une bien plus grande cohérence à l’ensemble.

Jadis très appréciée, la collection de cornes et bois, semble aujourd’hui un peu désuète, même si un louable effort d’information a été fait, avec des panneaux explicatifs présentant les différentes espèces et leurs biotopes…

Trois squelettes entiers de dodo

Mais le vrai centre d’intérêt du Muséum d’Histoire Naturelle de Port-Louis réside peut-être surtout dans sa très belle collection consacrée au dodo. Là, l’effort didactique est évident. De nombreux panneaux font le point des connaissances actuelles sur le mode de vie de ce volatile emblèmatique, retracent les différentes grandes campagnes de fouilles et localisent les découvertes d’ossements. Une célèbre gravure de l’époque de l’implantation hollandaise sur l’île, très généreusement agrandie et abondamment commentée, permet ainsi de découvrir la végétation de Maurice au XVIIème siècle, peu avant l’extinction du dodo… Un écran diffuse également, en boucle, d’intéressants documentaires consacrés à cet oiseau qui ne savait pas voler.

Mais ce sont bien les trois squelettes entiers (ou quasiment entiers) qui retiennent l’attention, d’autant que l’un d’entre eux est présenté comme étant “unique au monde”: il serait composé d’os provenant tous d’un même dodo, alors que ceux visibles à Londres, en Afrique du Sud ou ailleurs seraient le fruit de reconstitutions réalisées à partir d’ossements provenant de plusieurs individus…

Dans cette salle, sont aussi exposés les vestiges d’autres espèces endémiques ayant disparu, comme notre légendaire et énorme tortue terrestre ou le solitaire de Rodrigues.

Si les collections exposées n’ont évidemment pas l’ampleur de celles visibles dans quelques grands musées internationaux et si l’agencement semble un peu basique, la visite de cet établissement culturel gratuit (ce n’est pas si fréquent) se justifie tout à fait. On regrettera simplement que toute la signalétique et les panneaux explicatifs soient exclusivement rédigés en anglais. La clientèle touristique française, la plus nombreuse à visiter notre île chaque année, aurait mérité un effort de traduction… et des panneaux en créole auraient également pu se justifier.

Miro, Calder en “Conversations” avec des créateurs de l’océan Indien

A l’étage du Muséum d’histoire naturelle de Port-Louis, et jusqu’au 30 novembre, est présentée une exposition de peinture particulièrement intéressante. Fruit de la coopération des organismes culturels de La Réunion et de Maurice, cette exposition a pour objectif de faire dialoguer des toiles d’artistes de nos deux îles, mais aussi de les faire entrer en résonnance avec des oeuvres d’artistes majeurs.

Six artistes de La Réunion et Maurice ont donc été invités à présenter quelques-unes de leurs créations, en écho aux oeuvres de huit peintres reconnus, dont les toiles font partie du Fonds Régional d’Art Contemporain de La Réunion.

Les toiles, sculptures et installations de Simon Back, Salim Currimjee, Cristof dènmont, Oliver Maingard, Clotilde Provansal et Abel Techer sont donc présentées face à celles de Jean-René Bazaine, Alexander Calder, Eduardo Chillida, Malcolm de Chazal, Wifredo Lam, Joan Miro, Jean-Paul Riopelle et Antoni Tapiès.

Autant dire que cette exposition exceptionnelle offre un triple plaisir: découvrir de jeunes talents de la région, admirer les toiles de peintres connus rarement visibles à Maurice, comme Miro et Calder… et constater l’étonnante familiarité que peuvent entretenir des artistes séparés à la fois par le temps et l’espace!

Une initiative particulièrement bienvenue et une exposition à ne rater sous aucun prétexte!

L’exposition Conversations est présentée par l’Institut Français de Maurice, en coproduction avec le Fonds régional d’Art Contemporain (FRAC) de La Réunion et en partenariat avec le ministère des Arts et de la Culture de Maurice. Elle a reçu le soutien des partenaires suivants: la Préfecture de La Réunion, la Délégation de l’Union Européenne, La Région Réunion, Eclosia, Currimjee Mauritius, la Mauritius Commercial Bank, Air Austral, Beachcomber, La Gazette et Radio One.

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