Photographe réputé, Axel Ruhomaully présente une exposition à la fois passionnante et superbe, centrée sur l’aventure spatiale russe. Pour réaliser les magnifiques clichés de de cette série, il a dû se rendre à Kaluga, à près de deux cents kilomètres de Moscou. Le centre Rajiv Gandhii pour la Science, à Bell Village, à Port Louis, programme encore cette magnifique exposition, jusqu’au mois d’avril. Courrez-y! 

Tout à démarré lors d’une conversation impromptue. Lors des cérémonies organisées par l’ambassade de Russie à Moscou, à l’occasion de la fête nationale de ce grand pays, l’ambassadeur s’adresse au photographe belgo-mauricien et lui lance l’idée de se rende en Russie. Axel Ruhomaully le prend aux mots et, peu de temps après, soumet son projet à l’ambassade. “Je savais, explique-t-il, que l’on parlerait beaucoup de la conquête spatiale, en 2019, à l’occasion du cinquantième anniversaire de l’alunissage de Neil Amstrong et Buzz Aldrin. Or, si l’on excepte cet épisode, il faut bien se rendre compte que TOUTES les autres ‘premières fois’ ont été le fait des Russes. Premier satellite artificiel, avec Spoutnik, premiers animaux dans l’espace, premier homme dans l’espace, avec Youri Gagarine, première femme dans l’espace, première sortie extra-véhiculaire… tout cela a été réalisé par des cosmonautes russes, pas par les Américains. Il me semblait donc intéressant, et justifié, de voir l’autre côté. En célébrant les premiers pas de l’homme sur la lune, on allait exclusivement parler de la NASA. En choisissant de m’intéresser au volet russe de l’histoire de la conquête spatiale, j’avais le sentiment d’équilibrer un peu les choses…

Axel a donc préparé un beau dossier, transmis par l’ambassade au musée de l’espace, à Kaluga. “Un soir, mon portable sonne. Mon interlocuteur me parle anglais, mais avec un tel accent, que je pense qu’il s’agit d’un ami qui me joue une farce…” Il n’en est rien! On attend le photographe à Kaluga et c’est là que la décision sera prise de le laisser, ou non, photographier les trésors du musée…

Axel part donc pour Moscou puis, en train, pour Kaluga.

C’était en janvier et tout était exactement comme je l’avais imaginé. Le froid, les paysages enneigés. Un voyage magnifique.” Mais encore fallait-il convaincre la directrice du musée… “je lui ai expliqué ma démarche, se souvient Axel: photographier les principales pièces du musée, comme autant d’oeuvres d’art, en sculptant la lumière. Mais cela exigeait que je passe beaucoup de temps sur chaque photo. Et cela pouvait donc gêner la vie du musée… La directrice m’a alors proposé de prendre mes photos la nuit. J’ai donc passé cinq nuits seul dans le musée, avec, seulement, les gardiens qui patrouillaient de temps à autre. C’était surréaliste. Un peu comme dans le film ‘Une nuit au musée’”.

Mais les facilités qui lui seront accordées vont aller encore plus loin. Séduite par les premiers clichés, la directrice va donner des instructions pour que soit retirée la protection vitrée derrière laquelle est exposée une authentique capsule spatiale ayant orbité autour de la Terre… Axel en fera une photographie absolument superbe, qui illustrera la couverture du catalogue de son exposition…

A Maurice, les photos d’Axel Ruhomaully ont aussi connu un beau destin. Une expo-vente, logiquement intitulée “Fly me to the Moon”, s’est tenue dans le Nord, en décembre, dans le show-room de Roche Bobois. A cette occasion, le cosmonaute russe Sergei Avdeyev, qui a longtemps détenu le record du plus long séjour dans l’espace, avec plus de 700 jours, avait fait le déplacement. Accompagné d’Axel Ruhomaully, il s’est rendu dans quelques écoles. “Les enfants l’ont accueilli comme une star. C’était incroyable! Ils lui demandaient de signer des autographes sur leurs t-shirts ou même directement sur leurs bras!

Rencontre entre Cosmonaute russe et Ecole du Nord

Tirage et papier: une attention toute particulière

Lorsque la décision a été prise par la directrice du musée russe d’exposer les photos d’Axel Ruhomaully, le photographe a été interrogé pour savoir sur quel papier il souhaitait tirer ses clichés. “Sans me poser de questions, raconte-t-il, j’ai répondu que je travaillais sur du Canson Infinity. Or ce papier est quasiment introuvable en Russie. Les autorités russes ont pourtant fait le nécessaire et c’est effectivement sur ce papier, au rendu exceptionnel, que mes photos ont été tirées…”

Avec la même exigence, Axel a préparé l’exposition de Maurice. “Je travaille avec un maître-artisan de La Réunion: Bernard Lorion. Il est certifié Canson Infinity, et c’est le seul dans la région! Je n’ai pas les compétences techniques pour réaliser mes tirages, mais je travaille en étroite coopération avec Bernard, jusqu’à ce que nous parvenions à un résultat exactement conforme à ce que je souhaite. Cette implication au tirage, essentielle pour moi, rejoint d’ailleurs l’une des conditions indispensables pour que les photos soient considérées comme oeuvres d’art. Elles doivent faire l’objet d’un tirage limité et le photographe doit participer activement au tirage. Je respecte ces deux conditions.”

Une star à Kaluga

A l’occasion des cérémonies entourant la commémoration de la mort de Konstantin Tsiolkovsky (le père de la recherche cosmonautique russe), Axel Ruhomaully a été invité, par le musée de Kaluga, à participer aux cérémonies officielles. “C’était à la fois très émouvant et impressionnant. Il y avait la directrice du musée, le maire de la ville, tous les notables et le cosmonaute Sergei Avdeyev. On m’a donné une rose et, comme tous les officiels présents, je l’ai deposée sur la tombe de Tsiolkovsky”, raconte le photographe. Mais le plus étonnant est encore à venir: “Devant le musée, une banderole, sur laquelle mon nom s’étalait en gros caratères, annonçait mon exposition! Le lendemain, la télévision a diffusé un long reportage. Je ne pensais vraiment pas que mon travail susciterait là-bas un tel intérêt… C’était à la fois trés flatteur et très étrange.”

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