Elle était la seule réunionnaise à participer au Moon Village de Strasbourg, en février dernier. Invitée à plancher sur un concept d’habitat… lunaire.Stéphane Guillebaud

Louana Delcourt n’aurait jamais imaginé participer un jour à un Moon Village et plancher en compagnie d’une kyrielle d’étudiants et experts de haut niveau à ce qui pourra, un jour, donner naissance aux premières « maisons » sur la lune. A peine si elle connaissait le concept de Moon Village. « C’est un gigantesque « workshop » qui réunit des spécialistes du monde entier pour partager, quelques jours durant, sur une thématique donnée. Un gros brainstorming ».

L’initiative de cette rencontre revenait à l’association ARCHES (*), « un réseau de spécialistes traitant des problématiques architecturales en milieu extrême » précise Louana Delcourt. Une aubaine pour la jeune étudiante en seconde année d’architecture à l’ENSAM du Port. D’autant qu’elle était la seule représentante de l’île intense à participer à la grande rencontre.

Accueillis au sein de l’ISU, l’école spatiale de Strasbourg, étudiants et experts ont planché sur un projet pour le moins ambitieux : concevoir un concept d’habitat lunaire dans la perspective d’une première installation humaine durable à l’horizon 2030. Une idée qui plairait sans aucun doute à Donald Trump !

Louana Delcourt, à l’école d’architecture du Port

Protégée des rayons cosmiques par des algues

Louana Delcourt participait au sein d’une petite équipe composée d’une autre étudiante en architecture et de deux étudiants en IUT, spécialité mécanique.

« Le travail interdisciplinaire s’avère une très grande richesse. Je n’étais pas spécialement intéressée par l’habitat lunaire mais ses caractéristiques communes avec la notion d’habitat en milieu extrême correspondaient parfaitement à mon orientation professionnelle. Cette expérience m’a ouvert les yeux sur la grande diversité des recherches comme sur l’efficacité de l’interdisciplinarité ».

Le premier prix de ce Moon Village a été décerné à une équipe qui proposait un concept d’habitat lunaire au sein de tunnels, « très similaires aux tunnels de lave que nous avons à La Réunion » précise Louana. La jeune réunionnaise et son groupe ont quant à eux imaginé une structure logée dans la tête de la fusée et automatiquement déployable. Pour la protéger des rayons cosmique, l’équipe a préconisé l’utilisation de Kombucha, une algue luminescente que l’on trouve notamment dans l’océan Indien.

Cette belle expérience, Louana la doit à une rencontre fortuite, avec Guy Pignolet, érudit réunionnais et passionné par l’espace, à l’occasion des journées portes ouvertes de l’école d’architecture du Port, en 2018. « Je lui ai servi de guide et nous avons sympathisé. En juin 2018, il m’avait proposé de participer à une conférence internationale, à Pasadena, en Californie. Les délais étaient un peu courts, cela n’a pas pu se faire. Et, en janvier dernier, nouvelle proposition, cette fois pour le Moon Village. Je n’ai pas laissé passer l’occasion ! »

Début avril, Louana, désormais membre du réseau ARCHE, a partagé son expérience devant les élèves de l’école d’architecture du Port. Incontestablement, la jeune étudiante, d’ordinaire timide et réservée, a changé de statut !

Adepte de la collapsologie

Louana se rendra probablement au prochain Moon Village, en 2020. Pour autant, l’étudiante réunionnaise s’envisage pas une seconde d’orienter son futur parcours professionnel vers l’étude de l’habitat lunaire. « Je suis une adepte de la collapsologie » affirme-t-elle. En langage commun, l’étude de l’effondrement de la civilisation industrielle et de ce qui pourrait lui succéder.

« C’est une science pluridisciplinaire qui part du postulat que le système actuel fondé sur la consommation déraisonnée des ressources naturelles ne pourra pas perdurer. Il finira par s’effondrer. Il est important d’imaginer dès aujourd’hui une alternative que pourront développer les générations futures ». Louana souhaite mettre ses compétences architecturales au service de l’habitat bioclimatique, un concept d’architecture raisonnable, écologique et donc peu gourmand en énergie. « Des contraintes très similaires à celles qui nous avions pour travailler sur un habitat lunaire ».

(*) http://www.arches.urbicoop.eu/

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