Ile Rodrigues. Site touristique et historique, Pointe-Canon est un endroit à ne pas manquer lors d’un séjour sur l’île. Outre les canons de l’époque coloniale, l’attraction majeure du village est la statue de Marie Reine de Rodrigues qui domine le chef-lieu, Port-Mathurin. Le lieu offre une vue panoramique sur le lagon bleu azur et permet de contempler les activités de cette partie de l’île – la gare routière, le trafic routier à la rue François Leguât et le pont de Winston Church Hill ou encore assister au débarquement des marchandises au mouillage du MV Anna ou du Mauritius Trochetia au port. Balade et rencontres. 

Crédit  photos : Ann-Carleen GENTIL, La Gazette

Pointe-Canon compte plus de 300 habitants. En ce samedi de mars, le village est peu animé. On ne voit pas l’ombre d’un villageois dans les rues. Donc, nous nous baladons paisiblement… des éclats de rire !

Sous un soleil tantôt timide et tantôt de plomb, et le regard protecteur de la Reine de Rodrigues (voir hors-texte), les enfants du village profitent du week-end. De véritables boules d’énergie ! Ils courent dans tous les sens. C’est le seul « terrain de jeu » dont ils disposent. « Notre village manque d’un espace où les enfants peuvent jouer en sécurité. Si certains jouent calmement au pied de la statue de la Vierge, d’autres courent sur la route et c’est bien risqué », explique Marie Reine Collet, présidente du village. Selon elle, il serait idéal que le village soit doté d’un jardin d’enfants pour qu’ils puissent s’épanouir. Et, d’autre part, cet espace récréatif viendrait aussi embellir les lieux.

Non loin de la fameuse statue se trouve le Centre communautaire du village. Entre ces murs, les villageois se regroupent de temps à autre pour une partie de carrom ou de dominos. Si le mouvement de jeunesse n’est pas actif, les troisièmes âges eux le sont. Nous y rencontrons les membres du club Cœur Joyeux. Il regroupe 23 membres qui se réunissent chaque deuxième samedi du mois au Centre communautaire. « Nous organisons régulièrement des sorties. À chaque rencontre, nous partageons ce que nous avons vécu durant le mois et l’on prodigue des conseils aux autres. Cela nous arrive même d’animer des danses culturelles au centre après nos rencontres » dit fièrement Rex Auguste, président du club Cœur Joyeux. Selon lui, le groupe ne connaît aucune difficulté. « Nous sommes épanouis. Il y a une collaboration entre les membres et tout le monde met la main à la pâte ». C’est cette solidarité qui fait leur force. Poursuivons notre visite.

Le canon qui n’a jamais servi

D’où le village tient-il son nom ? En 1940, des contingents militaires de la Royal-Artillerie sont installés dans l’île pour défendre le « Cable Wireless ». Le canon, placé sur un promontoire, avait pour but de surveiller et de protéger la rade. A l’époque, cette « pointe » était appropriée, car érigée sur les hauteurs de Port-Mathurin, c’était l’endroit idéal pour scruter les horizons et ainsi détecter l’approche des bateaux ennemis. Toujours aux aguets, le canon n’a jamais tiré un seul coup de feu pour défendre, à l’exception des exercices de tir…

Récemment, le site a été rénové par l’assemblée régionale de Rodrigues. Ainsi, depuis l’an dernier, le site dispose d’un parcours de santé. Des gradins en dur ont pris place et les vestiges du passé, notamment les poudrières qui servaient jadis d’abri pour les boulets de canon et la poudre à canon ont été réhabilités. Trois kiosques ont également été construits pour abriter les visiteurs.

Pointe-Canon héberge aussi le siège de la station météorologique. C’est de cet ancien observatoire de l’époque anglaise que la population reçoit les prédictions du temps. L’Alliance française y accueille les visiteurs en quête de livres pour une bonne lecture. L’endroit est également un lieu de rencontre de Français expatriés à Rodrigues pour marquer la fête nationale française.

Augustin Antoine, l’accordéoniste du village

Notre dernière halte lors de cette promenade à Pointe-Canon nous mène à la rencontre l’accordéoniste du village. « Depuis ma naissance, l’accordéon, c’est le seul instrument qui m’inspire. Et jusqu’à ma mort, c’est le seul instrument dont je vais jouer », dit-il. Accordéoniste depuis l’âge de 18 ans, il a été fasciné par cette douce mélodie, mais aussi par la forme de l’accordéon.

Aujourd’hui, âgé de 76 ans, il ne fait pas son âge. Son péché mignon : chaque soir il joue des morceaux. Tantôt mélancolique avec « Ti fleur fanée », alors que dans d’autres circonstances, il met l’ambiance dans sa maison en tôle avec le fameux « Baké Yaya ». Il nous raconte son histoire.

« J’ai appris à jouer de l’accordéon en observant les musiciens. C’était un jeu d’enfant. » Son amour pour l’instrument l’a motivé à vouloir manipuler l’accordéon comme un professionnel et il s’offre son premier accordéon.

C’est à partir de là que commence l’aventure d’Antoine. En solo, il joue lors des bals. Certes, il gagnait un peu d’argent, mais il jouait surtout pour son propre plaisir. « À l’époque, c’était la seule musique en vogue. Les gens appréciaient mes morceaux et les hôtels se sont vite intéressés à moi ». Ainsi, de 1998 à 2004, il était au-devant de la scène avec le groupe culturel Madelon. Son plus beau souvenir, c’est d’avoir pu jouer aux Seychelles, en Australie et à l’île de la Réunion.

Avec le temps, et sa vue qui diminue la nuit, Antoine ne porte plus sa chemise à fleurs pour animer les soirées. « Je joue quand je suis sollicité par le village lors des fêtes au centre communautaire. » L’accordéoniste du village est persuadé que l’accordéon aura toujours sa place dans notre société. « Auparavant, il n’avait pas autant de valeur, car tout le monde en jouait. Mais, aujourd’hui, c’est un atout qui attire les touristes… ».

Des accordéonistes portant le nom Augustin, il y en a beaucoup. Tout porte à croire qu’ils ont cela dans le sang. Entouré par ses petits-enfants Dylan, Alexander et Clédy Augustin, le plus grand souhait d’Antoine, c’est de voir ses petits-enfants briller, comme lui, sur le plan culturel. « Ils sont intéressés par la musique traditionnelle. » Le grand-père est assuré que l’un d’entre eux va porter le flambeau après lui.

Le Monument de l’abbé Pingré

Le Monument de l’abbé Pingré

L’abbé Alexandre-Gui Pingré, astronome et savant pluridisciplinaire, avait été dépêché dans l’île par la Société royale des sciences de Paris pour observer le transit de Vénus attendu le 6 juin 1761. Dans son journal, en date de juin 1761, l’on peut lire : « Je devais observer le passage de Vénus ; je devais de plus constater, avec toute la précision possible, la latitude et la longitude du lieu où j’avais observé ce passage. »

Pour ce faire, Pingré avait établi son site d’observation à la Pointe-Canon, aujourd’hui connue sous le nom Pointe Venus, en mémoire au point d’observation. Le choix du site résultait d’une arrière-pensée : les routes maritimes du commerce avec l’Inde ayant changé, les navires devaient reconnaître Rodrigues avant de poursuivre vers l’Inde ou d’obliquer vers La Réunion. L’île Rodrigues est alors le point de mire indocéanique.

C’est à l’arrière de l’antenne de l’Alliance française qu’on retrouve le monument érigé à son effigie, ayant le regard rivé vers son point d’observation. Sans doute, il attend patiemment le prochain transit…

Sous le regard protecteur de Marie

Érigée dans les hauteurs de Pointe-Canon, Reine de Rodrigues est une statue de la Vierge marie qui fait six pieds de haut, dominant le chef-lieu, Port-Mathurin. Elle constitue un lieu de rassemblement pour les catholiques où les fidèles convergent des quatre coins de l’île pour assister à la messe du 15 août.

C’est en 1953 que la statue de ciment arriva à Rodrigues à bord du navire, le Floréal. L’idée vient du père Charles Streicher, curé de Rodrigues en 1948. Il s’est inspiré de la statue de Marie Reine de la Paix sur les hauteurs de Port-Louis, à l’île Maurice. Cette dernière a été érigée à la fin de la guerre pour rendre grâce et remercier Marie. Néanmoins, c’est au père Ronald Ghandy, son successeur, que revient l’initiative de commander la statue.

En effet, après qu’il soit nommé curé à Rodrigues en 1949, il se rend en Europe et visite l’atelier statuaire de Carrare en Italie. Enthousiasmé à la vue d’un modèle d’une médaille de la vierge Marie Miraculeuse, le père Ghandy commande une statue. Ce n’est que trois années plus tard, soit en novembre 1953, que la statue arrivera finalement à Rodrigues. André Samtoy avait soigneusement emballé et expédié la statue qui parviendra à destination, intacte. « Ça valait bien la peine de l’avoir attendu », se remémore le père Ronald Ghandy.

A nouveau, inspiré par Marie Reine de la Paix, ce dernier décide de la placer à Pointe-Canon, car le lieu avait servi pour défendre l’île lors de la guerre de 1939-1945. Le prêtre a bénéficié de l’aide du magistrat L.P. Toureau et du capitaine Nicolin pour transporter la statue du navire au jusqu’au port. Ensuite, des bénévoles Rodriguais se manifestent pour aménager le terrassement en pierre où se situe la statue.

Pour l’inauguration, le 1er mai 1954, une messe d’action de grâce a était dite. Une foule importante, venue des quatre coins de l’île, avait fait la procession vers Pointe-Canon. Depuis, chaque 15 août, les Rodriguais assistent à la messe au pied de la statue de Marie Reine de Rodrigues.

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