Un détour à L’Union et à Montagne Cimetière, et ce sont deux siècles et demi d’histoire qui vous contemplent. Une histoire qui rappelle le passage des colons et des esclaves à la Cendrillon des Mascareignes. Une histoire contée à travers le cimetière des esclaves, reconstitué, et, le tombeau de Philibert Maragon, premier administrateur de Rodrigues.  – Amanoola Khayrattee

A quelques kilomètres de Port Mathurin en passant par Soupirs, ou bien, de Mont Lubin en passant par Malabar et Les Choux, dans les hauteurs de Baie aux Huîtres près de Mont Charlot, l’Union abrite le lieu de mémoire de Philibert Maragon et de son ancien domaine de l’Orangerie, rempli de citronniers lors de son vivant. De là, Maragon avait une vue dominante sur le Port Nord-Est (Port Mathurin).

La stèle de Philibert Maragon

Le tombeau Maragon, un héritage national

Listé héritage national depuis le 3 mai 2016, ce lieu, avec une stèle pyramidale à l’entrée, remonte le temps jusqu’au 18ème siècle. On y arrive par un chemin pavé d’une cinquantaine de mètres bordé de lataniers et d’arbustes décoratifs. C’est là, dans un coin isolé au fond du terrain clôturé, avec une vue superbe sur la Baie aux Huîtres, que reposent côte à côte Philibert Maragon et sa femme. Mais l’usure du temps a rendu l’épitaphe du tombeau, en béton massif, à peine lisible.

Mais qui était donc Philibert Maragon ? Né en 1749 à Auterive en France, il avait connu les Mascareignes à l’âge de 20 ans, alors qu’il était sergent dans le régiment du Royal-Comtois fondé par Louis XIV. Sa première visite à Rodrigues remonte à 1791 après son installation à Petite Rivière, à l’Isle de France (Maurice), en 1778. Mais c’est après ses épousailles en 1794, à Port Louis, avec Marie Jeanne Elisabeth Gillou de Neuville, originaire de Bourbon (La Réunion) qu’il fut nommé administrateur civil à Rodrigues. Il s’était alors attelé dans l’île, au développement de l’agriculture et de l’élevage avec une vingtaine de colons et quelques quatre-vingt esclaves emmenés de Maurice.

Périmètre délimité du cimetière des esclaves

Un cimetière d’esclaves reconstitué

Ne faites pas attention à ma peau noire : c’est le soleil qui l’a brûlée.” Cette citation d’Aimé Césaire nous rappelle combien la couleur de l’épiderme a pu faire toute la différence entre la situation des esclaves et celle des colons d’alors. Le cimetière des esclaves, un cimetière reconstitué, nous renvoie au triste sort subi par ceux qui étaient au service des maîtres.

Ce lieu, reconnu officiellement depuis le 4 juin 2013 comme lieu de mémoire pour la commémoration de l’émancipation des esclaves de Rodrigues, se trouve à environ un kilomètre de L’Union, à Montagne Cimetière, à une centaine de mètres de la route principale. On y accède par une piste, curieusement balisée des deux côtés par des chaînes sur une dizaine de mètres. C‘est l’endroit où sont enterrés les esclaves. Si à Maurice, leur libération fut officialisée le 1 février 1835, à Rodrigues, ce n’est que le 4 juin 1839 qu’elle fut proclamée.

Les tombes se trouveraient dans une délimitation de quelques mètres carrés dans un coin vers le nord. Mais aucune idée de l’identité, du nombre ou de la position exacte de ceux qui reposent là.

L’atmosphère y est pesante, l’émotion est à son comble, le recueillement de mise. Ici, chaque pas ouvre une parenthèse plongeant le visiteur 250 ans en arrière, dans un passé nullement reluisant pour ceux qui ont du mener un combat entre l’ombre et la lumière, une lutte entre l’espoir et le désespoir, jusqu’à ce que la mort l’emporte.

L’histoire de Rodrigues ne saurait être complète sans l’histoire de Maragon et de ses esclaves africains, les ancêtres de la population actuelle.

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