Le Street Food (ou cuisine de rue) est à la mode. Les Mauriciens, qui ont l’habitude de se délecter de boulettes variées, de ti-puri ou d’autres délices achetés sur le trottoir ou dans de minuscules échoppes, ne sont plus les seuls, désormais, à consommer cette part de notre culture… Mieux! Un « Street Food Tour » est même dédié aux touristes désireux de goûter ce que nos rues ont de meilleur à leur offrir. Nous avons embarqué dans l’un de ces groupes, composé de touristes américains, sud-africains et allemands.

C’est à 11h, que l’on se retrouve, au Caudan. Adrien, le guide de la société Taste Buddies, fait les présentations et explique, en quelques mots bien choisis, le déroulement de notre promenade dans les rues de la capitale. Rappelant la pluralité des origines du peuple mauricien, il nous fait immédiatement saisir toutes les dimensions de cette rapide exploration des saveurs locales: par ce biais gustatif, c’est bien une découverte culturelle que nous nous apprêtons à entamer. Chaque spécialité, et jusqu’au moindre petit beignet, est le fruit d’une culture. Du coup, nous voilà tous décomplexés: on culpabilisait un peu, à l’idée de visiter Port-Louis sous l’angle de la gourmandise… mais nous savons, maintenant, que notre démarche est culturelle, presque ethnologique. Tant mieux, ça évitera de penser aux calories.

Anke et Sebastian, en provenance d’Allemagne

Grand jeune homme sympathique, Adrien répond à toutes les questions, notamment sur les travaux qui encombrent la capitale et dont nos visiteurs comprennent mal la finalité, mais dont ils voient bien les conséquences, et notamment les embouteillages qu’ils n’imaginaient pas si denses. Rapidement, – il ne faut pas perdre de vue le véritable objectif de ce tour – notre guide explique donc le tracé du futur métro express. Mais en attendant que ce nouveau mode de transport en commun soit opérationnel, c’est à pied, et par le passage souterrain, que nous entamons notre balade. Nous remontons la Place d’Armes. Et Adrien, qui précise pourtant que l’Histoire n’est pas son point fort, se fait un point d’honneur à désigner chaque bâtiment remarquable, à expliquer la présence de la fontaine aux chevaux, de montrer les constructions françaises, en pierres volcaniques… Jamais pédant, et toujours enjoué, notre guide parvient aisément à intéresser nos visiteurs à tous ces aspects, qui sont pourtant assez éloignés du but de notre exploration: la Street Food!

La première halte se fait au Jardin de la Compagnie. Après un nouveau topo historique et un aperçu botanique, Adrien entraîne le groupe dans les contre-allées du petit bazar qui jouxte le jardin. Là, sont alignés quelques-uns de ces petits comptoirs où l’on se presse, à toute heure ou presque, pour se restaurer ou simplement combler une petite fringale. Signe que nos touristes ont déjà une âme d’aventurier, aucun ne semble choqué ou inquiet des conditions sanitaires dans lesquelles sont préparées les spécialités locales. Non pas qu’il y ait de quoi s’inquiéter, mais on sait bien que la perception de l’hygiène n’est pas la même partout et, parmi le petit million de touristes qui visitent chaque année notre île, beaucoup ne pourraient tout simplement pas envisager d’aller manger ainsi « sur le trottoir ».

Un four de l’époque coloniale française

Simone et Lucien sont Sud-africains, de Durban. Ils le reconnaissent bien volontiers, ils ne sont pas dépaysés par ce mode d’alimentation et, à plusieurs reprises au cours de la journée, ils identifieront vite les spécialités qu’Adrien leur proposera. «Beaucoup de ce que nous avons goûté aujourd’hui, admettront-ils, existe aussi en Afrique du Sud. Soit exactement identique, soit très similaire. »

Pour cette première dégustation, c’est sur la margelle du kiosque à musique du Jardin qu’Adrien a installé son groupe. Et tous ont l’air d’apprécier les faratas. Peter et Aditi, un couple américain des environs de Washington, manifestent même un véritable enthousiasme pour cette première spécialité. Nous quittons le Jardin, non sans un dernier regard vers les Dodos hors norme de la cour du muséum d’Histoire Naturelle.

Aditi et Sonja, bien que venant des USA, ont apprécié les faratas

Nous remontons vers le cinéma Majestic. Nous le dépassons même de quelques mètres, pour entrer dans une petite cour labyrinthique… C’est le repère, presque secret, de la pâtisserie Rassool… Depuis des générations, on y confectionne toutes sortes de gâteaux, mais surtout des napolitains et des tartes à la banane. Si l’on aime l’un ou l’autre, c’est là qu’il faut venir!! Et les habitués le savent bien… Dans le recoin d’une petite pièce sombre, trône un four à bois. Il daterait de l’époque coloniale française et aurait été « découvert », il y a quelques années, par le propriétaire des lieux, en déblayant cette partie du commerce. Ainsi, il y a plus de deux siècles, on faisait déjà des gâteaux (ou, au moins, du pain) à ce même endroit. L’histoire est si belle qu’on a envie d’y croire. Nos visiteurs, eux, semblent y croire.

Nous avons marché jusque derrière le Parlement et, au grand étonnement de nos amis étrangers, nous nous engouffrons dans un magasin de prêt à porter… Adrien salue gaiement les vendeuses et nous débouchons dans un petit couloir. C’est là qu’a dû se replier celui que l’on considère souvent comme LE MEILLEUR SPÉCIALISTE DES DHOL PURIS dans toute la capitale. On le connaît encore sous le sobriquet fleuri de Mimosa. Il s’agissait, en fait du nom du bâtiment où était située son échoppe. Le bâtiment a été rasé… et lui s’est installé ici. Evidemment, c’est beaucoup moins visible, mais les habitués savent où le trouver et les entreprises du quartier lui commandent, à l’avance, des dizaines de dhol puris chaque matin. Et on comprend pourquoi : les siennes sont légères et savoureuses! Sebastian, un jeune allemand de Bonn, confirmait ce jugement!

Au marché de Port-Louis, dégustation de jus de canne et de pani puri, avant de terminer par China Town. Originale et savoureuse, cette balade est à recommander aux voyageurs désireux  de (un peu) la vraie « street food » mauricienne.

Peter n’a pas caché son enthousiasme pour cette excursion d’un nouveau genre

Un guide chaleureux… mais sérieux

On l’a mentionné plusieurs fois, mais le caractère enjoué d’Adrien, et l’approche chaleureuse, sans jamais être familière, qu’il a de ses « clients », font beaucoup pour le succès de cette visite. Mais c’est aussi un guide sérieux et professionnel. Dès le départ de l’excursion, il s’est inquiété d’éventuelles allergies ou intolérances alimentaires. Il vérifia aussi, régulièrement, que chacun pouvait manger ce qui était proposé, sans trahir d’interdit religieux ou culturel.

Aller vers plus d’authenticité

Taste Buddies propose trois tours guidés permettant de découvrir cet aspect de la culture mauricienne. Le Port-Louis Street Food Tour, décrit dans cet article; un tour de China Town et un Mahébourg Village Food Tour. Céline Planel est à l’origine de cette démarche novatrice. Pour l’épauler et développer le concept, elle s’est adjoint les services de Nicolas Lagesse. Ayant grandi en Tanzanie, avant d’étudier en Afrique du Sud et d’aller enseigner l’anglais au Costa Rica et au Guatémala, ce jeune comptable ne s’imagine pas, comme il le dit, «coincé dans un bureau. Livrés à eux-mêmes, peu de touristes oseraient goûter ces spécialités, explique Nicolas. La présence du guide, qui les conseille, va rassurer les visiteurs. Ainsi ils peuvent s’approcher d’une part importante de notre culture… » Taste Buddies préparerait d’autres excursions, d’autres concepts, «toujours pour aller vers plus d’authenticité».

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