Avant l’homme, il y avait la mer, puis la terre, les plantes et les animaux… Il y a 400 ans, l’île Maurice était couverte de 100% de forêts endémiques, abritant des espèces de plantes et d’animaux rares et uniques au monde. A ce jour, il ne reste plus que 2% de forêt endémique sur le territoire mauricien. Pour essayer de retrouver cette île Maurice d’antan, la Mauritian Wildlife Foundation (MWF) a décidé de recréer une mini-île Maurice d’origine : la réserve naturelle de l’île aux Aigrettes. Suivez nous.

Après une heure et demie de route, partis de Grand-Baie, nous arrivons enfin à Pointe- Jérôme, dans le village de Mahébourg. C’est ici que débute notre aventure. Nous avons rendez-vous avec Benny, notre guide pour la journée, dans les bureaux de la MWF. Surexcités, nous attendons le bateau qui va nous mener à l’île aux Aigrettes, que nous n’arrêtons pas de contempler depuis notre arrivée. L’île est là, au loin à nous regarder, comme posée sur l’eau. A 10 heures pile. C’est parti ! Nous embarquons ! La sensation de se retrouver seuls dans la baie de Grand Port est magique.
Une fois arrivés sur l’île, notre guide nous explique que la visite dure entre 1h30 et 2h00 et que les animaux sont à l’état sauvage, donc nous sommes ici chez eux. Il nous parle des espèces de la faune endémique présentes sur l’île. Avec un peu de chance, on pourra les voir. Nous faisons tout de suite attention à tout ce qui se trouve autour de nous. Attention à ne pas écraser un gecko ou manquer l’occasion de voir un oiseau de près.

L'île aux Aigrettes Après quelques pas, nous tombons nez à nez avec une « jeune » tortue. Benny nous indique qu’elle a 85 ans. Elle n’est pas si jeune que ça ! Eh bien, si. Les tortues géantes d’Aldabra peuvent vivre entre 150 à 200 ans, voire plus. La plus vieille et plus grosse tortue de l’île est un mâle, nommé Big Daddy. Ce mâle dominant de l’île, qui fait tout pour protéger son territoire, est venu à notre rencontre. Du haut de ses 95 ans, il pèse tout de même 207 kilos. Il ne vaut mieux pas le vexer !
Notre guide nous explique que c’est l’un des deux seuls endroits sur le territoire mauricien, après l’île Ronde, où les tortues sont à l’état sauvage. Elle sont une vingtaine à faire « du jardinage » sur l’île. Autrement dit, à manger les mauvaises herbes et à semer les graines.

Rencontre avec le Pigeon des Mares

Nous poursuivons notre visite dans cette grande forêt endémique. Benny nous présente les arbres que nous voyons, notamment le Ficus (à ne pas confondre avec le Banyan). On y voit également la statue d’un hibou de Maurice, qui a malheureusement disparu. Nous continuons notre chemin à la découverte des merveilles de notre patrimoine naturel, quand soudain nous entendons un bruissement dans les arbres suivi de battements d’ailes : un oiseau majestueux vient se poser sur une branche à côté de nous.
C’est le Pigeon des Mares ou Pigeon rose. Il est là, à faire le beau, pendant que nous le prenons en photo. Ce pigeon de 36 cm de long au cou gracile, et au plumage rose pâle sur le ventre et marron sur le dos, a failli disparaître à la fin du XXe siècle. Il n’en restait que 9 en 1990, alors qu’on en trouvait partout deux siècles auparavant. La destruction de son habitat naturel par l’homme et par des espèces végétales envahissantes, ainsi que l’introduction de prédateurs dans l’île, ont failli mener cet oiseau à sa perte. Grâce au travail de conservation de la MWF, plus de 400 Pigeons des mares vivent actuellement dans les zones forestières du Parc national des Gorges de la Rivière-Noire et dans la réserve naturelle de l’île aux Aigrettes.

L'île aux Aigrettes

Peu après, un Cardinal de Maurice vient également montrer son beau plumage. Cette espèce menacée fait l’objet d’un programme d’élevage et de remise en liberté, notamment sur l’île aux Aigrettes où se trouvent plus de 160 individus à ce jour. De petite taille (environ 14 cm), il ressemble à son cousin venu de Madagascar, qui est lui très répandu dans l’île principale et qui a un bec plus épais. La saison des amours permet de mieux les distinguer : le mâle de l’espèce mauricienne a alors la tête et le cou rouges, tandis que le Malgache étend ce plumage rouge jusqu’à son ventre. En dehors de la saison de reproduction, le mâle garde un plumage olive, tout comme la femelle. Légende : Pigeon Rose
Emerveillés par la beauté de ces oiseaux rares, nous reprenons notre balade, pendant que Benny nous donne plus de détails sur l’île. Prochain arrêt : la pépinière. Ici, on cultive de 3 000 à 4 000 plantes endémiques annuellement. Une fois récoltées, les graines sont séchées avant d’être remises en terre pour donner vie à des plants d’Ébène, Latanier Bleu (qui n’est pas bleu), Bois Mapou ou Baoabab de Maurice (qui ressemble à un Baobab), bois de Clou, bois de Fer et bois de Bœuf entre autres. Benny nous indique que les tortues ne mangent pas les plantes endémiques, car celles-ci se protègent naturellement (épines, feuilles avec des traits rouges). Legende : Cardianal de Maurice

Le scinque de Telfair et ses amis geckos

Au fur et à mesure que nous avançons dans cette forêt tropicale, nous découvrons d’autres merveilles de la nature. La présence des geckos effraie ma collègue, qui en a une sacrée phobie. Cependant, quand nous croisons le fameux scinque de Telfair, courant sous les buissons, tenant sa proie dans sa gueule, elle n’arrive pas à rester indifférente.
Le scinque de Telfair est un gecko vulnérable endémique de l’archipel des Mascareignes. Vers le milieu des années 1800 l’espèce était en grand danger et on pouvait en trouver uniquement sur l’île Ronde. Il peut atteindre les 35 à 40 centimètres de long et c’est le pus grand lézard survivant. Son ancêtre le Scinque géant, dont vous pourrez voir une représentation sur l’île, a malheureusement disparu. Sans le travail de restauration de la MWF, cette espèce aurait connu le même sort. Aujourd’hui, on peut trouver des populations de ces espèces réintroduites sur l’île aux Aigrettes et le Coin de Mire. La population actuelle est estimée à plus de 25 000 individus.

L'île aux AigrettesPlus loin, nous croisons un petit Gecko Diurne Orné de l’île Maurice. C’est un gecko de couleur verte intense, voire bleutée, avec de nombreux points et lignes brisées rouges, jaunes ou orange. La couleur change sur la tête, qui est marron-gris avec deux bandes claires longitudinales et des taches vert-bleutées sur le devant. Les mâles mesurent jusqu’à 130 mm et les femelles jusqu’à 110 mm. Notre guide nous indique que cette espèce est très menacée. Elles aiment se cacher et pondre ses œufs dans le Vacoa endémique de Maurice, qui les protège grâce à ses épines.

La forêt d’Ébène

Notre guide nous conduit, ensuite, vers la forêt d’Ébène. Elle abrite de nombreux arbres, principalement des ébéniers. Maurice comptait 12 espèces de bois d’ébène endémiques, alors qu’on ne retrouve qu’une seule espèce à l’île Rodrigues et à La Réunion. Ce qui faisait un total de 14 espèces de bois d’ébène dans la région des Mascareignes.
Convoité pour son tronc unique, gardant au cœur un bois précieux, très noir, l’ébène a été le bois le plus exploité pour la fabrication de meubles entre le 17ème et 18ème siècles. Aujourd’hui, il n’en reste plus que 12 espèces dans les réserves naturelles protégées sur le territoire Mauricien. Le diospyros tesselaria, endémique à Maurice a complètement disparu à l’état sauvage, ce qui laisse à penser que cette espèce est éteinte.
La MWF a fait un énorme travail de conservation afin que les futures générations puissent voir ces espèces. L’ébénier est une plante dioïque : la reproduction se fait par paire (mâle et femelle). Ce qui rend la conservation de l’Ébène encore plus difficile. Les ébéniers peuvent atteindre vingt mètres de haut, cependant la végétation sur l’île aux Aigrettes est basse, car c’est une île corallienne.
Dans cette forêt on retrouve également le Vacoa de Maurice, les petits geckos verts endémiques et le bois de Rénette. Quand on frotte les feuilles de ce dernier, ça sent la pomme !
Nous nous dirigeons ensuite vers le point de vue sur la Baie de Grand Port. La vue panoramique sur le sud-est de l’île, avec Mahébourg, l’île de la Passe et Grand-Port, est à couper le souffle. Cette baie fut le théâtre de l’une des principales batailles navales livrées dans l’océan Indien au début du XIXe siècle, la bataille de Grand Port.

Nous approchons la fin de notre excursion. Nous longeons la côte de l’île sur le chemin du retour où nous découvrons les ruines du four à chaux construit par les Français. Ces derniers avaient également construit 40 bâtiments et placé deux canons sur l’île. Les ruines de ces bâtiments sont utlisées comme nid artificiel pour les tortues, qui viennent y pondre. La MWF a également transformé une partie de ces ruines en musée d’exposition et en boutique de souvenirs.
Dernier arrêt, la volière occupée par trois chauvesouris – des roussettes de Maurice. Cette espèce endémique peut voir de jour comme de nuit. Ce même espace abrite des bébés tortues, gardés en captivité jusqu’à l’âge de 5 ans. Ils sont, ensuite, remis à l’état sauvage sur l’île Ronde. Nous passons par le musée pour découvrir des représentations des espèces disparues, dont le dodo, le perroquet bleu, le pigeon bleu et un morceau d’un tronc d’Ebène de la variété diospyros tesselaria disparue, datant de plus de 400 ans. Lgd :Vue panoramique sur la baie de Grand-Port.

L’île aux Aigrettes L’île aux Aigrettes
L'île aux Aigrettes L’île aux Aigrettes
L’île aux Aigrettes L’île aux Aigrettes
L’île aux Aigrettes L’île aux Aigrettes
L'île aux Aigrettes L’île aux Aigrettes

L’ILE AUX AIGRETTES

L’île aux Aigrettes est la plus grande île de la baie ?de Grand-Port, située à un kilomètre de la côte? de Mahébourg. Cette île corallienne inhabitée de?26 hectares est devenue un musée naturel, avec une collection remarquable d’espèces endémiques de la faune et la flore mauriciennes. Par le passé, l’arrivée de l’homme sur l’îlot au début des années 1600 a perturbé et presque totalement détruit son écosystème– avec l’exploitation forestière et le défrichement des terres ainsi que l’introduction d’espèces végétales et animales exotiques. En fait, l’abattage d’arbres, en particulier le bois d’ébène, a continué même après que l’île ait été déclarée comme réserve naturelle en 1965.
La MWF a lancé un projet de restauration de l’habitat sur l’île en 1985 et a pris en charge la gestion complète de l’île en 1987. Depuis 1998, les membres du public peuvent de nouveau accéder à l’île pour une visite guidée et découvrir le travail accompli. Par ailleurs, un documentaire sur l’île a été projeté au Wildlife Conservation Film Festival (WCFF) à New York et a été récompensé par le prix du Meilleur Film dans la catégorie Amateur.

Pour plus d’informations : www.mauritian-wildlife.org Tarifs : Adultes Rs 800 / Enfants de 4-11 ans Rs 400 . Réductions pour résidents et mauriciens. Départs du lundi au samedi, et dimanche matin.?Tel. : (230) 631 2396 ou (230) 5258 8139

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