Loin de la cohue oppressante d’Antananarivo et de l’«industrie» touristique de Nosy-Be, la ville d’Antsiranana, située tout au nord de Madagascar, mérite le détour. Plus connue sous son ancienne identité coloniale, Diego Suarez est une ville paisible et chaleureuse. Pour sa nonchalance, aussi bien que pour ses vestiges historiques, ou encore pour servir de base de départ à de belles excursions, Diego (comme on l’appelle affectueusement) est une destination de plus en plus appréciée. 

L’arrivée en avion permet de découvrir l’immense échancrure de la côte. C’est que la baie de Diego est répertoriée comme la deuxième plus vaste de la planète, après celle de Rio de Janeiro! En fait, il s’agit de trois larges anses qui ont toujours permis aux navigateurs de se mettre à l’abri. Rien d’étonnant, donc, à ce que les commerçants arabes y aient, très tôt, implanté un important comptoir. On y échangeait, notamment, le khat du Yémen, cette feuille à mastiquer et aux vertus euphorisantes, contre des esclaves !

Héritage de cette époque lointaine, le Swahili, cette variante de la langue arabe pratiquée sur tout le littoral de l’Afrique de l’Est et aux Comores, est aussi largement parlé ici. De même, une part non négligeable de la population est originaire de l’archipel comorien et il est donc fréquent de croiser des jeunes femmes portant, comme c’est la tradition, leur masque de beauté jaunâtre…

Les «Touk-touks» sillonnent la ville à toute heure du jour et de la nuit…

Les Français comprirent aussi l’intérêt de ce littoral accueillant: ils y débarquèrent en 1885 et en firent leur principale base navale dans l’océan Indien. Ce sont eux qui tracèrent, au cordeau, le plan de la ville. Quelques beaux bâtiments témoignent de la splendeur passée de la Diego Suarez coloniale. Le local de l’Alliance Française est un ancien marché aux élégantes structures en fonte et acier, signé par les ateliers de Gustave Eiffel ! L’imposant bâtiment qui abrite, aujourd’hui, les autorités régionales, accueillait, jadis, l’Etat-major français…

Les marins ont changé de nationalité

Les marins sont toujours présents, dans les rues de Diego, mais ils ont changé de nationalité et de navires… Ils sont espagnols et, à bord d’énormes  thoniers, ils écument le Canal de Mozambique. Depuis une trentaine d’années, ils ont pris l’habitude de faire escale à Diego pour débarquer leurs prises et alimenter la conserverie, le plus gros employeur de la région. D’autant que le chantier naval local (ex arsenal de la marine de guerre française) permet de réaliser, sur place, la maintenance des navires de pêche… Mais les marins ne sont plus les seuls à profiter des charmes de cette ville accueillante. Les touristes du monde entier affluent chaque année vers Antsiranana qui a, effectivement, de quoi séduire. Son parc hôtelier comprend bien quelques grands établissements, mais surtout de charmants petits gîtes. Des restaurants-terrasses animés proposent langoustes et poissons délicats, pour des prix tout à fait raisonnables. Le sentiment de sécurité qui prévaut dans la ville n’est pas illusoire, et l’on peut donc sortir la nuit, sans risque… les bars et autres cabarets assurent une ambiance torride !

Connu pour ses concerts et son ambiance, le Taxi-Bé est l’une des meilleures adresses pour sortir s’amuser.

Le point de départ de nombreuses excursions

Mais Antsiranana est aussi un point de départ vers de superbes excursions. En taxi-brousse ou en «touk-touk» (sorte de scooter couvert, avec banquette), on peut se rendre à la plage de Ramena, à une quinzaine de kilomètres de Diégo. La plage est surchargée de gargotes et l’ambiance y est…très animée (surtout le week-end) ! Des plages plus paisibles sont heureusement accessibles, comme celle de Sakalava, la Baie des Dunes, ou la Baie de Pigeons. La «Mer d’Emeraude» et ses incroyables reflets est accessible, par bateau, depuis Ramena ou le Cap D’ambre. Le parc forestier de la Montagne d’Ambre, la réserve spéciale de l’Ankàrana (avec ces aiguilles calcaires, les tsingy) sont des sites de randonnée exceptionnels (mais toujours avec un guide: on peut très facilement s’y perdre). Le Lac Sacré d’Anivorano, à plus de 70 km de Diego, vaut aussi le détour. Pour ses crocodiles (traités avec tous les égards) et pour ses nombreuses légendes… Il est donc conseillé, avant de s’y rendre, de se renseigner sur tous les «Fady» (les interdits fixés par la coutume) en vigueur sur place, et qu’il convient de ne pas transgresser!

Comme aux Comores ou sur les côtes orientales de l’Afrique, les femmes appliquent sur leur visage un masque de beauté destiné à préserver la douceur de leur peau…mais à Diégo, elles ont aussi pris l’habitude de l’orner de motifs floraux.

Des Mauriciens et des Réunionnais se sont combattus à Diégo Suarez

En 1942, pendant la seconde guerre mondiale, les troupes britanniques débarquèrent à Madagascar, alors restée fidèle au gouvernement du Maréchal Pétain, qui collaborait avec les Allemands. De sérieux affrontements opposèrent les deux armées. L’une de ces plus violentes batailles se déroula à Diégo Suarez. Du côté des troupes françaises «loyalistes» figuraient de nombreux Réunionnais, alors que quelques dizaines de Mauriciens faisaient partie du corps expéditionnaire britannique ! Les combats furent particulièrement meurtriers !

Deux navigateurs portugais pour un nom

Entre 1500 et 1506, ce sont deux navigateurs portugais qui, à tour de rôle, vont «découvrir» l’immense baie (ou, plutôt, la succession d’immenses baies) qui effrange l’extrême nord de Madagascar. Ils se nomment Diego Dias et Fernan Soares. Ce sont donc le prénom de l’un et le nom de l’autre qui furent combinés pour désigner la ville… du moins à l’époque coloniale française.

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