Petit périple initiatique à la découverte de l’île aux parfums. Cap au sud et sur le lagon pour une découverte inoubliable. – Stéphane Guillebaud

Tordons tout de suite le cou aux préjugés. Pour découvrir sereinement la belle île de Mayotte, commencez par oublier tout ce que vous avez lu et entendu sur son prétendu climat d’insécurité permanente. Confrontées simultanément à une vague d’immigration incontrôlée venue des Comores, cousines et voisines, comme au difficile apprentissage des bienfaits et des contraintes liés au récent statut de 101ème département français, l’île aux parfums résonne parfois au rythme de la désespérance de la jeunesse ou de la colère des salariés. D’ici à transformer la perle de l’océan Indien en coupe-gorge infréquentable, balisé de coupeurs de routes, de cambrioleurs de seconde zone et autres malfrats en quête de « mzoungous » (les métropolitains en shimaoré) fraîchement débarqués, il y a un pas qu’on aurait tort de franchir. A Mayotte, comme à Clichy, dans les cités de Seine Saint-Denis ou du quartier des Aubiers, à Bordeaux, il existe quelques règles qu’il convient de respecter pour sa tranquillité. Sur l’île aux parfums, elles sont simples : éviter les périodes de conflit social, ne pas sortir seul(e) le soir à Mamoudzou, ne pas se lancer seul(e) dans une excursion et ne pas laisser traîner ses affaires en bord de plage ou dans sa voiture. Prêt pour l’aventure ?

A l’intérieur du Nemo, une immense « bulle » de verre permet de découvrir le lagon sans mettre un pied dans l’eau.

INCONTOURNABLE BARGE

Colliers de fleurs, mélopées savoureuses et femmes en salouvas colorés, le souffle de l’Afrique prend à la gorge. La France semble si loin. Direction obligatoire, la Barge, à l’autre bout de la plus petite des deux îles habitées de l’archipel maoré. La Barge, c’est une institution à Mayotte. Une sorte de gros bac qui relie tous les quarts d’heure Petite Terre à Grande Terre, l’île principale. L’accès à la Barge donnera au visiteur un aperçu de l’une des caractéristiques malheureusement incontournables de Mayotte : les embouteillages. Ils sont relativement contenus sur Petite Terre mais restent une plaie sur Grande Terre aux heures d’embauche et de débauche, c’est-à-dire entre 6h et 8h le matin, 16h et 18h l’après-midi. Seule solution, prendre son mal en patience et intégrer une durée moyenne de deux heures pour vingt kilomètres.

Pour une balade sur le lagon, le Némo offre le meilleur pour les amateurs de PMT comme pour les non-baigneurs

LOIN DE MAMOUDZOU

Comme toutes les « capitales », Mamoudzou reste une ville bruyante, sale, engorgée et relativement peu hospitalière. Pire encore pour Kaweni, le « poumon économique de l’île », quartier nord de Mamoudzou dont on ne retiendra que les bouchons et la frénésie permanente. Une petite halte s’impose toutefois au marché de Mamoudzou, tout près de l’arrivée de la Barge. Ouvert tous les jours sauf le dimanche, il regroupe près de 300 marchands de fruits, légumes, vêtements et babioles en tout genre, constituant l’une des curiosités à voir pour tout visiteur qui se respecte. Depuis 2009, une construction en dur a quelque peu effacé l’authenticité du marché en plein air. Pour les déçus, un repli stratégique vers les marchés de M’Tsapare (le samedi), à quelques encablures au sud de Mamoudzou et celui, très typique de Coconi (samedi et dimanche), au centre de l’île, s’imposera.

En cas d’escale prolongée à Mamoudzou, quelques adresses sont à privilégier. Pour le gîte, le Domaine de Cavani tenu par Nemati, offre des prestations de chambres d’hôtes de bon standing doublée d’une qualité d’accueil inégalée. Pour le couvert, on hésitera entre le Moana, au centre de Mamoudzou, pour ses spécialités de poissons et l’Hippocampe, plus métropolitain, à Kaweni, pour sa qualité de service. Mais sauf impératif, aucune hésitation, cap au sud, loin du bruit et de la pollution, vers une île bien plus accueillante et authentique.

Sur la plage de N’Gouja, les tortues marines barbotent sans complexe avec les baigneurs.

LES TORTUES DE N’GOUJA

Pour les amoureux du lagon, de la nature et de l’exotisme en classe confort, pas d’autre point de chute possible que le Jardin Maoré. L’hôtel et ses jolis bungalows en bord de plage se mérite certes, puisque situé à l’extrême sud de l’île. Mais une fois sur place, le dépaysement est total. Pas besoin d’aller loin du rivage pour découvrir les tortues marines broutant paisiblement à portée de bras. Et, pour les plus courageux, le tombant offrira à quelques brasses, un spectacle hors du commun, dépassant de très loin les plus beaux aquariums métropolitains. Entre mars et juin, un séjour au Jardin Maoré offre la possibilité d’assister à une ponte de tortues vertes ou imbriquées, les deux espèces les plus présentes à Mayotte. Un spectacle inoubliable qui se déroule évidemment de nuit et exige un minimum de précautions. Pas de bruit, peu de lumière et beaucoup de patience.

SAZILEY, L’ILOT BLANC ET LE LAGON

Si le gîte du Jardin Maoré s’avère agréable, la cuisine s’appréciera encore mieux du côté de Boueni, à quelques kilomètres. On dégustera chez Nini, au Soleil Couchant, une excellente assiette gourmande mêlant carpaccio et tartares. Ou, juste en face du Douka Be (l’épicerie locale), un petit restau sans nom, tenu par deux jeunes femmes malgaches qui réservent un romazava de très haut niveau avec, de surcroît, une vue exceptionnelle sur la baie.

Pour les amateurs de valeurs sûres, une escale au Zam Zam, une véritable institution située à côté de la mairie de Bandrelé, s’impose. L’occasion de déguster de divines pinces de crabes de mangrove ou un poisson combava à se damner. L’occasion aussi de faire la connaissance d’Abdu, truculent et affable patron de l’officine, dont l’histoire de jeune comorien réussissant à s’extirper de la misère à la force de son talent incite au respect.

Mayotte sans son lagon, le quatrième plus important du monde (1 100 km², après ceux de Nouvelle-Calédonie, Rangiroa et Fakarava en Polynésie Française) et le plus important de l’océan Indien, ne serait plus tout à fait Mayotte. Un petit séjour en mer s’impose dès lors. Direction Mamoudzou d’où s’effectuent la majorité des départs. Guère plus de 35 kilomètres séparent N’Gouja du chef-lieu mahorais. Autant prendre le temps d’un petit détour depuis Kani-Keli jusqu’à Chirongui en passant par la route du sud. Un bitume totalement défoncé mais un chemin qui vaut le détour tant la beauté des paysages et l’authenticité des petits villages traversés charment l’esprit. Un peu avant la fin de la route, un dernier panorama plonge sur la plage de Saziley (ou Sazilé), l’une des plus belles de Mayotte, accessible par la mer ou par la terre à condition de ne pas s’y aventurer seul.

Depuis le port de Mamoudzou, les prestataires de balades en mer ne manquent pas. Ils sont pour la plupart sérieux et offrent des croisières parfaitement sécurisées. Un passage par l’îlot blanc, incongruité de sable amassé par les courants au milieu du lagon, doublé d’un pique-nique sur la plage de Saziley, compte au rang des musts. Et, pour les amateurs de PMT (Palmes, Masque, Tuba) comme pour les personnes à mobilité réduite ou allergique à toute plongée, le choix du Némo s’impose. Un très beau catamaran moderne dont le fond de verre n’épouse pas l’étroitesse d’une coque classique en « V » mais offre un véritable salon confortable au centre duquel trône une « bulle » démesurée permettant aux passagers au sec une vision presque aussi magnifique que pour ceux qui se mouillent.

Dans la passe en « S » à marée basse, les amateurs de PMT bénéficieront quant à eux d’un spectacle à couper le souffle, plongés au cœur de cet aquarium géant que constitue le lagon. De juin à septembre, le beau lagon s’enrichit du spectacle des baleines et de leurs baleineaux. Dans le lagon mahorais, il n’est pas rare d’en croiser une bonne douzaine en une seule demi-journée. Inclassable !

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